Objectif zéro nouvelle infection au bureau
À Brazzaville, la journée mondiale de lutte contre le sida a pris des allures d’opération coup de poing chez Africa Global Logistics, filiale congolaise du groupe maroco-français. L’entreprise a mis en avant un objectif simple : zéro nouvelle infection parmi ses effectifs et leurs familles.
Cette volonté s’inscrit dans la stratégie RSE du groupe, déjà saluée par plusieurs labels régionaux. En mobilisant ressources humaines, service médical et département communication, la direction souhaite montrer qu’un employeur peut devenir un acteur sanitaire crédible aux côtés de l’État et des ONG.
Une opération menée le 1er décembre 2025
Le 1er décembre, vingt-quatre pairs éducateurs ont quitté leurs postes pour animer simultanément les sites administratifs de la capitale et la plateforme portuaire de Pointe-Noire. Sur douze heures, ils ont rencontré plus de six cents agents, répartis en petits groupes de discussion interactifs.
Chaque séance débutait par un rappel des modes de transmission du VIH, suivi d’un quiz collectif. Les animateurs distribuaient ensuite des préservatifs et des dépliants bilingues, avant de proposer un dépistage rapide volontaire assuré par une équipe médicale mobile stationnée devant les bâtiments.
Selon le reporting interne, 78 % des participants se sont prêtés au test, un chiffre supérieur à la moyenne nationale estimée par le Conseil national de lutte contre le sida. Aucun résultat positif n’a été détecté ce jour-là, renforçant la confiance dans la démarche préventive.
Les pairs éducateurs, relais de confiance
Majoritairement issus des services logistiques, ces volontaires ont suivi une formation dispensée par le Programme national VIH. Leur proximité avec les collègues permet d’aborder des sujets intimes sans hiérarchie, un levier jugé efficace par les spécialistes de santé au travail.
« La lutte contre le sida implique des efforts globaux pour prévenir la transmission, traiter les personnes infectées et sensibiliser le public », rappelle le docteur Eléazar Céleste Massamba, médecin conseil. Pour lui, l’entreprise sert de micro-société où l’innovation sociale peut s’expérimenter au quotidien.
Un réseau interne de messagerie instantanée permet aux pairs d’échanger après chaque animation, d’identifier d’éventuelles inquiétudes et de planifier des rappels. Cette coordination allège la charge du service médical tout en entretenant un dialogue permanent avec les travailleurs de terrain.
Paroles d’experts et de salariés
Paris Bidjang, directeur des ressources humaines, insiste : « Nos collaborateurs sont la première richesse de l’entreprise ; protéger leur santé est une responsabilité que nous assumons pleinement. » Selon lui, la prévention coûte moins cher qu’un arrêt maladie prolongé et améliore la productivité globale.
Mireille, agente de transit depuis dix ans, avoue avoir franchi le pas du dépistage pour la première fois : « Je n’osais jamais aller au centre de santé. Ici, entourée de collègues, je me suis sentie en confiance. » Son témoignage illustre l’effet démystificateur de l’approche.
Pour le sociologue Hugues Mavoungou, la méthode reçoit un accueil favorable parce qu’elle s’ancre dans la culture de solidarité du Congo. « La parole circule de bouche à oreille, comme dans les quartiers. L’entreprise reprend ce modèle participatif en l’adaptant aux nécessités de la production. »
Un engagement qui dépasse l’entreprise
Depuis 2022, AGL parraine des campagnes de dépistage anonymes dans dix-sept collèges et lycées publics de Brazzaville et de Pointe-Noire, en partenariat avec des ONG locales. Plus de cinq mille élèves ont déjà bénéficié de séances d’information suivies de tests gratuits.
L’entreprise fournit également des kits didactiques aux enseignants d’éducation à la vie. Les supports intègrent des vidéos en langues locales et des exercices interactifs conçus par des étudiants de l’Université Marien-Ngouabi. Les retours d’expérience font état d’une meilleure compréhension du risque chez les adolescents.
Du côté des autorités, la direction départementale de la Santé félicite l’initiative. Elle estime que l’implication du secteur privé complète utilement le plan stratégique national, actuellement axé sur la réduction de 50 % des nouvelles infections d’ici 2030, conformément aux objectifs des Nations Unies.
Poursuivre la prévention tout au long de l’année
AGL prévoit de renouveler la formation de ses pairs éducateurs tous les six mois afin d’intégrer les avancées médicales, notamment les autotests et la prophylaxie pré-exposition. Un budget additionnel de dix millions de francs CFA a été validé lors du dernier comité exécutif.
Un calendrier trimestriel de sensibilisation est désormais affiché dans chaque service, avec des rappels avant les grands départs en congé. La direction souhaite éviter l’effet « coup d’un jour » souvent pointé du doigt par les consultants en management de la santé.
Pour 2026, les responsables espèrent associer d’autres entreprises de la zone industrielle à une journée commune, afin de mutualiser les coûts et d’atteindre un public plus large. Le modèle AGL pourrait ainsi devenir une référence nationale de prévention en milieu professionnel.
En attendant, les salariés interrogés se disent fiers de contribuer à un mouvement national. « Nos uniformes portent désormais un ruban rouge imprimé, signe que la solidarité ne s’arrête pas à la porte du bureau », sourit Yann, manutentionnaire, avant de reprendre son chariot élévateur.
