Une rencontre diplomatique stratégique
Le 3 décembre, l’ambassadeur de Turquie au Congo, Hilmi Ege Türemen, a été reçu au siège du Médiateur de la République à Brazzaville. L’objectif : explorer de nouveaux ponts institutionnels entre Ankara et Brazzaville.
Cette rencontre, saluée par les deux parties, intervient dans un contexte où les relations bilatérales se diversifient rapidement, notamment depuis l’ouverture des ambassades respectives en 2013 et 2014.
Le Médiateur de la République, Valère Gabriel Eteka-Yemet, a présenté au diplomate turc les missions de son institution : écouter les citoyens, faciliter le dialogue avec l’administration et promouvoir la bonne gouvernance voulue par les autorités congolaises.
Le rôle pivot du Médiateur congolais
Créée en 2003, l’institution joue un rôle croissant dans la résolution amiable des litiges entre administrés et services publics. Plus de 5 000 dossiers ont ainsi été traités en vingt ans, selon la direction des études.
Pour Valère Gabriel Eteka-Yemet, ouvrir un canal direct avec le bureau homologue d’Ankara permettrait d’échanger des expertises sur le traitement des plaintes, la digitalisation des procédures et la médiation en matière commerciale, sujet sensible pour les investisseurs.
« Le Congo est engagé dans une modernisation continue de ses services publics. Partager les bonnes pratiques avec la Turquie renforcera la confiance des citoyens et des opérateurs économiques », a-t-il déclaré à l’issue de l’audience.
Des axes de coopération déjà identifiés
Selon l’ambassadeur Hilmi Ege Türemen, les discussions porteront d’abord sur la formation des médiateurs, la gestion des réclamations électroniques et l’organisation conjointe de séminaires régionaux ouverts à la zone CEEAC.
Un protocole d’entente, actuellement à l’étude, devrait préciser le calendrier des échanges et les sources de financement, incluant une possible assistance technique de l’Agence turque de coopération et de coordination.
La perspective d’un jumelage institutionnel est bien accueillie par la société civile congolaise, qui y voit un moyen d’accélérer le traitement des doléances liées aux services urbains, comme l’eau, l’électricité ou la voirie.
Un partenariat économique en plein essor
Depuis une décennie, plusieurs entreprises turques se sont implantées à Brazzaville et Pointe-Noire, dans la construction, l’ingénierie portuaire ou la transformation agro-alimentaire, créant des centaines d’emplois directs pour la jeunesse.
Le commerce bilatéral a atteint environ 250 millions de dollars en 2022, d’après les données de l’Union turco-africaine des affaires, avec une progression annuelle supérieure à 15 %.
Les chantiers lancés dans les mines de potasse à Holle et dans l’énergie solaire au Niari attestent d’une confiance mutuelle nourrie par la stabilité institutionnelle du Congo et par l’expérience technique turque.
Ce que cela change pour les citoyens
L’éventuel accord entre les deux médiateurs pourrait ouvrir un guichet spécialisé pour les PME congolaises ayant des partenaires turcs, facilitant la résolution rapide de différends contractuels sans passer par des procédures judiciaires coûteuses.
Des sessions de formation citoyenne, co-organisées avec les mairies et les universités, sont aussi envisagées pour sensibiliser les jeunes aux mécanismes de médiation et à la culture du dialogue.
Dans un pays où 60 % de la population a moins de 25 ans, ce type d’initiative répond au besoin d’outils de règlement pacifique des litiges, notamment dans le secteur informel très dynamique.
Paroles d’experts
Pour le professeur de relations internationales Arsène Nianga, invité sur Radio Congo, la démarche renforce la diplomatie de développement prônée par le gouvernement et s’inscrit « dans la logique Sud-Sud qui redessine les partenariats africains ».
La politologue turque Ayşe Kaptan, jointe par visioconférence, souligne que le Médiateur d’Ankara a déjà signé quinze accords similaires en Afrique, favorisant la circulation d’idées sur la transparence administrative.
Elle estime que l’expérience congolaise, marquée par une approche communautaire du règlement des conflits, pourra inspirer d’autres pays d’Asie centrale en quête de solutions inclusives.
Prochaines étapes attendues
Les services protocolaires annoncent qu’une délégation technique congolaise se rendra à Ankara au premier trimestre 2024 pour finaliser le projet de protocole d’entente et visiter les infrastructures numériques du Médiateur turc.
En retour, Hilmi Ege Türemen prévoit une mission économique plurisectorielle à Brazzaville, destinée à élargir la présence des entreprises turques dans l’industrie bois et la valorisation des déchets urbains.
Les observateurs voient dans ce calendrier resserré la preuve d’une volonté politique partagée de transformer la coopération en résultats tangibles pour les populations, dans un esprit gagnant-gagnant.
Dès février, une ligne bilingue offrira aux citoyens des conseils rapides sur les services des deux médiateurs.
Dimension éducative et culturelle
Outre l’économie, la Turquie finance chaque année une cinquantaine de bourses universitaires pour des étudiants congolais dans les filières d’ingénierie, de médecine et de diplomatie, un investissement humain considéré comme stratégique par Ankara.
Les anciens bénéficiaires, regroupés au sein de l’Association des alumni turco-congolais, promettent d’accompagner le futur partenariat entre médiateurs en servant de relais linguistique et culturel lors des formations.
Pour la sociologue Grâce Mwamba, cette dimension académique renforce la compréhension mutuelle et prépare le terrain à des coopérations plus larges, notamment dans l’innovation numérique où les deux pays affichent des ambitions convergentes.
