Prix plancher de la farine : la table des négociations s’ouvre à Pointe-Noire
La filière meunière congolaise tient peut-être une feuille de route. Le 15 juin à Pointe-Noire, la ministre du Commerce Jacqueline Lydia Mikolo et la Fédération des Minotiers du Congo se sont retrouvés pour rapprocher leurs positions sur la régulation des prix.
Au cœur des échanges : la fixation d’un prix plancher de la farine et le sort des subventions d’État restées en souffrance. Deux dossiers sensibles, qui touchent aussi bien la trésorerie des industriels que le porte-monnaie des ménages congolais.
Un prix plancher qui dépasse le seul ministère du Commerce
La ministre a tenu à clarifier les limites de son département. « Le ministère du Commerce seul ne peut pas fixer le prix plancher », a déclaré Jacqueline Lydia Mikolo, renvoyant la décision à une concertation gouvernementale plus large.
Le message est prudent. Il signale que la mécanique des prix engage plusieurs administrations, et non un arbitrage isolé. Pour les minotiers, c’est aussi l’assurance que leur dossier remontera au-delà d’une simple réunion technique.
Cette ouverture intervient dans un secteur où chaque franc compte. Le pain reste un produit de consommation quotidienne, et la moindre variation du coût de la farine se répercute presque mécaniquement sur les boulangeries et les tables familiales.
Dix pour cent de farine de manioc dans le pain congolais
L’autre grande mesure annoncée concerne la composition même de la farine à pain. Le gouvernement entend rendre obligatoire l’intégration de 10 % de farine de manioc dans la farine destinée à la panification.
Le manioc, racine emblématique de l’alimentation locale, entrerait ainsi durablement dans le circuit industriel. Une orientation qui mêle souveraineté alimentaire et valorisation d’une production agricole bien ancrée dans les habitudes congolaises.
Sur le papier, la réforme rapproche le pain quotidien des ressources nationales. Reste à en mesurer les effets concrets sur les coûts, la texture du produit fini et l’organisation des chaînes d’approvisionnement des meuniers.
Les minotiers saluent un engagement de l’État
Du côté des industriels, l’accueil a été favorable. La délégation conduite par Dieudonné Ndinga Moukala, de l’Union Patronale du Congo, a salué l’engagement du gouvernement à soutenir le secteur meunier.
Ce soutien ne relève pas du symbole. Les minotiers évoluent dans un environnement exigeant, marqué par des contraintes d’importation, de transformation et de commercialisation que la ministre a elle-même reconnues.
Jacqueline Lydia Mikolo a d’ailleurs salué les efforts déployés par la profession malgré ces difficultés. Une reconnaissance qui pose les bases d’un dialogue moins frontal, où les deux parties affichent leur volonté d’avancer ensemble.
Une production qui dépasse largement la demande intérieure
Les chiffres avancés lors de la rencontre éclairent les marges de manœuvre du secteur. La production annuelle de farine au Congo atteint environ 600 000 tonnes, pour un marché intérieur qui en consomme seulement 150 000 tonnes.
L’écart est considérable. Il laisse entrevoir un potentiel d’exportation vers la sous-région, à condition que la qualité suive et que les prix demeurent compétitifs face aux farines concurrentes.
Sur ce point, la ministre s’est montrée confiante. Elle a souligné que la qualité de la farine produite localement dépasse celle des produits vendus dans la sous-région, un argument de poids pour défendre la production congolaise.
Un dossier économique aux ramifications sociales
Derrière les questions techniques, c’est tout un équilibre social qui se joue. Le prix de la farine conditionne celui du pain, aliment de base dont la stabilité pèse sur le quotidien des familles, notamment dans les grandes villes.
La régulation discutée à Pointe-Noire cherche donc un point d’équilibre délicat. Protéger les industriels sans étrangler les boulangers, soutenir le manioc local sans déstabiliser les habitudes de consommation, tout en gardant un œil sur le pouvoir d’achat.
Pour l’heure, la rencontre du 15 juin pose des intentions plus qu’elle ne grave des décisions. La fixation effective du prix plancher attend encore l’arbitrage gouvernemental annoncé par la ministre.
L’introduction des 10 % de farine de manioc, elle, dessine une trajectoire plus nette pour la filière. Les prochains mois diront si ces orientations se traduisent en règles applicables et en prix tenus dans les commerces.
Une chose ressort de cette réunion : gouvernement et minotiers parlent désormais le même langage. Reste à transformer cette harmonie affichée en mesures concrètes, lisibles pour les industriels comme pour les consommateurs congolais.
