Congo–RDC : un pont sur le fleuve verrouillé fiscalement
Brazzaville et Kinshasa viennent de poser une pierre administrative décisive. Les deux Congo ont signé un accord bilatéral fixant le régime fiscal, douanier et des recettes non fiscales du futur pont route-rail enjambant le fleuve Congo.
La signature s’est tenue dans la capitale de la République démocratique du Congo, en présence de membres du gouvernement et d’une délégation venue de la République du Congo. L’événement scelle des mois de discussions techniques entre les deux rives.
Un régime fiscal taillé pour l’ouvrage
Le texte ne porte pas sur les travaux eux-mêmes, mais sur leur environnement fiscal. Il institue un régime privilégié destiné à alléger la charge des entreprises qui interviendront sur ce chantier hors norme.
Concrètement, l’accord ouvre la voie à des facilités fiscales et douanières ciblées. L’objectif assumé est d’écarter les frictions administratives qui, trop souvent, ralentissent les grands projets transfrontaliers en Afrique centrale.
En clarifiant les règles du jeu en amont, les deux États cherchent à rassurer les acteurs économiques. Un cadre juridique lisible reste, pour bien des bailleurs et constructeurs, la condition première d’un engagement durable sur le terrain.
Bemba à la manœuvre côté RDC
La cérémonie a été présidée par Jean-Pierre Bemba, vice-Premier ministre de la RDC chargé des Transports. Il représentait la Première ministre Judith Suminwa Tuluka, signe du poids politique accordé au dossier à Kinshasa.
Cette présence de haut niveau traduit une volonté claire. Le pont n’est pas traité comme un simple chantier d’infrastructure, mais comme un marqueur diplomatique entre deux pays voisins que sépare l’un des fleuves les plus puissants du continent.
Du côté de Brazzaville, la délégation venue assister à la signature a manifesté la même détermination. Les deux gouvernements affichent désormais un calendrier partagé, là où le projet est longtemps resté à l’état d’intention.
Désenclaver deux capitales face à face
Brazzaville et Kinshasa comptent parmi les rares capitales du monde à se faire face de part et d’autre d’un cours d’eau. Pourtant, franchir le fleuve Congo demeure aujourd’hui une opération coûteuse, lente et dépendante des bacs.
Le futur ouvrage route-rail entend renverser cette équation. En reliant directement les réseaux ferroviaires et routiers des deux pays, il promet de fluidifier la circulation des personnes comme celle des marchandises entre les deux capitales.
Pour les transporteurs, l’enjeu se mesure en temps et en argent. La réduction attendue des coûts logistiques pourrait alléger la facture des échanges, avec des répercussions possibles sur les prix supportés par les consommateurs des deux rives.
Un levier pour le commerce régional
Au-delà du seul franchissement, l’infrastructure vise un horizon plus large. Elle doit stimuler le commerce régional en raccordant des corridors aujourd’hui morcelés, freinés par les ruptures de charge et les contrôles répétés.
L’interconnexion des réseaux des deux Congo s’inscrit dans une ambition continentale. Une liaison fixe et permanente offrirait aux flux de biens un itinéraire plus prévisible, susceptible d’attirer de nouveaux opérateurs vers cette région charnière.
Cette logique d’intégration dépasse le tête-à-tête entre Brazzaville et Kinshasa. Le projet est porté comme une contribution concrète à la dynamique de coopération régionale au sein de la CEEAC, dont les deux pays sont membres.
Une coopération qui se cherche des preuves
Sur le papier, la volonté politique paraît établie. L’accord fiscal de Kinshasa donne corps à un discours d’amitié souvent réaffirmé entre les deux Congo, mais qui peinait jusqu’ici à se traduire en réalisations partagées.
Reste que ce texte demeure une étape, non un aboutissement. Il prépare le terrain financier et réglementaire ; il ne garantit ni le financement intégral du pont, ni le respect des délais, deux écueils classiques des chantiers de cette ampleur.
L’attention se portera donc sur les suites concrètes. La mobilisation des partenaires techniques et financiers, comme la traduction opérationnelle des facilités annoncées, dira si l’élan diplomatique tient ses promesses sur le long terme.
Pour l’heure, les deux capitales avancent du même pas. En verrouillant d’abord le cadre fiscal, elles signalent une approche méthodique, soucieuse d’éviter les annonces sans lendemain qui ont émaillé l’histoire des grands projets régionaux (Journal de Brazza).
