Les salles de classe pourraient se vider dès le début avril au Congo-Brazzaville. Le Réseau national des enseignants communautaires (RNEC) a fixé une date : le 4 avril marquera le début d’un mouvement de grève annoncé comme effectif sur l’ensemble du territoire.
Neuf mois sans bourses : une colère qui monte
La décision n’a rien d’improvisé. Elle a été arrêtée lors d’une assemblée générale tenue le 21 mars dernier à Brazzaville. Réunis pour faire le point, les membres du RNEC ont jugé la situation arrivée à un point de rupture.
Au cœur du conflit, une question d’argent. Le syndicat réclame le versement immédiat d’au moins cinq mois d’arriérés de bourses, sur les neuf mois aujourd’hui cumulés. Une dette accumulée que les enseignants concernés portent désormais à bout de bras.
Pour le RNEC, l’état de fait est devenu « intenable » pour des milliers d’enseignants répartis à travers le pays. Derrière le terme, ce sont des salaires absents, des charges quotidiennes impossibles à honorer et une lassitude installée dans la durée.
Le ministère des Finances pointé du doigt
Le syndicat ne se contente pas de constater. Il désigne un responsable. Selon le RNEC, ces retards de paiement sont imputables au ministère des Finances, du Budget et du Portefeuille public, accusé d’afficher un véritable mépris envers cette catégorie d’enseignants.
Les conséquences dépassent le seul plan financier. Le réseau souligne que ces retards affectent directement les conditions de vie des concernés. Ils fragilisent aussi, à terme, leur engagement professionnel au service de l’école congolaise.
Les enseignants communautaires occupent pourtant une place singulière dans le système. Souvent en première ligne, ils interviennent dans les zones rurales et périurbaines, là où l’offre éducative reste la plus fragile et la plus dépendante de leur présence.
Des recrutements jugés opaques
Au-delà des arriérés, le RNEC élargit ses griefs. Le syndicat dénonce une gestion qu’il qualifie d’opaque des quotas de recrutement antérieurs. La transparence des procédures est ici clairement mise en cause.
Les accusations sont précises. Selon le réseau, certains postes destinés aux enseignants auraient été attribués à des non-enseignants, voire, affirme-t-il, à des commerçantes de marché. Des affectations qui se seraient faites au détriment des véritables bénéficiaires.
Ce volet du dossier touche à la crédibilité même du processus de recrutement. Pour les grévistes annoncés, il ne s’agit pas seulement de réclamer un dû, mais aussi d’exiger des règles claires et appliquées sans favoritisme.
Le projet présidentiel invoqué
Le RNEC ne s’en tient pas aux reproches. Il rappelle aussi un engagement officiel. Parmi ses principales revendications figure l’application effective du projet de société du président Denis Sassou N’Guesso.
Ce projet prévoit, selon le syndicat, la régularisation de 12 000 enseignants communautaires en activité. Un chiffre devenu un repère central dans le bras de fer, et que le réseau brandit comme une promesse à tenir.
En s’appuyant sur ce cadre, le RNEC inscrit sa démarche dans une logique de continuité avec les annonces publiques. La régularisation attendue représenterait, pour des milliers d’agents, une sortie durable de la précarité statutaire.
Une rentrée d’avril sous tension
L’échéance approche et le scénario se précise. Sauf réaction rapide des autorités, les enseignants communautaires pourraient suspendre les cours dès le 4 avril. Le compte à rebours est désormais public.
Les répercussions seraient loin d’être symboliques. Le mouvement viserait le fonctionnement des établissements publics à travers le pays. Dans les zones les plus dépendantes de ces enseignants, l’impact se ferait sentir immédiatement.
Reste une inconnue de taille : la réponse du gouvernement. Le RNEC laisse une fenêtre ouverte en conditionnant la grève à l’absence de réaction. La balle, dans ce dossier, semble désormais dans le camp des autorités budgétaires.
Pour les élèves comme pour les familles, l’enjeu dépasse la seule sphère administrative. Une interruption des cours au mois d’avril toucherait au calendrier scolaire et placerait la question des enseignants communautaires au centre du débat éducatif national (Journal de Brazza).
