Présidentielle au Congo-B : un rapport qui rebat les cartes
À Brazzaville, le climat politique reste tendu après la présidentielle du 15 mars dernier. Candidat du Mouvement républicain, Mélaine Destin Gavet Elengo a choisi la presse pour porter sa contestation et exposer sa lecture d’un scrutin qu’il juge profondément abîmé.
Le 24 mars, il a présenté un rapport d’évaluation du vote. Le document se veut méthodique. Il dresse un état des lieux sévère et entend, selon son auteur, replacer le débat sur le terrain des faits plutôt que sur celui des seules émotions partisanes.
Des résultats provisoires « non conformes à la réalité des urnes »
Le cœur de la prise de parole tient en une phrase. M. Gavet Elengo rejette les résultats provisoires, qu’il estime « non conformes à la réalité des urnes ». Pour lui, l’écart entre les chiffres annoncés et le terrain serait considérable.
Son camp avance une revendication précise. Il dit recenser plus de 145 000 voix, sur la base de procès-verbaux collectés par ses équipes. Cette comptabilité parallèle constitue, à ses yeux, la preuve d’une distorsion entre le décompte officiel et celui des bureaux.
Pour étayer ce travail, le candidat s’appuie sur un dispositif d’observation. Environ 2 000 délégués auraient été déployés sur les 6 620 bureaux de vote du pays. Ce maillage, partiel mais étendu, lui sert d’argument central pour discuter la sincérité du résultat communiqué.
Irrégularités : un faisceau d’accusations détaillées
Au-delà des chiffres, le rapport formule des griefs lourds. Destin Gavet Elengo dénonce des irrégularités qu’il qualifie de massives. Il évoque des falsifications de résultats et des cas de corruption qui auraient, selon lui, faussé la sincérité globale du processus électoral.
La liste se poursuit avec d’autres anomalies. Le candidat cite des votes multiples, ainsi que des coupures de communications qui auraient compliqué la remontée des données. Ces interruptions, dans un scrutin national, pèsent lourd sur la traçabilité des opérations de vote.
Il pointe enfin les conditions de travail de ses propres représentants. Des entraves auraient visé les délégués déployés dans les bureaux. Pour M. Gavet Elengo, ces obstacles relèvent d’une volonté d’empêcher un contrôle indépendant et transparent du déroulement du vote.
Réformer le système électoral pour restaurer la confiance
Le candidat ne s’arrête pas au constat. Il plaide pour des réformes profondes du système électoral congolais. Selon lui, la confiance entre les différents acteurs demeure fortement fragilisée, et aucune élection apaisée ne semble possible sans un travail de fond.
Cette demande dépasse le cadre d’un seul scrutin. M. Gavet Elengo inscrit sa critique dans une logique institutionnelle. Il s’agit, à l’entendre, de reconstruire un cadre commun où majorité et opposition pourraient à nouveau reconnaître la validité des résultats annoncés.
Un dialogue national inclusif comme issue
Pour sortir de l’impasse, le candidat avance une méthode. Il appelle à la tenue d’un dialogue national inclusif, réunissant l’ensemble des acteurs politiques et sociaux. Ce cadre de concertation viserait à restaurer la crédibilité du processus démocratique au Congo-Brazzaville.
L’objectif affiché reste précis. Ce dialogue devrait, selon lui, définir les modalités d’une transition politique. Celle-ci aboutirait à des élections décrites comme « libres, transparentes et crédibles », formule qui résume l’ambition portée par le rapport présenté à la presse.
Une transition inspirée du modèle de 1991
La proposition la plus marquante concerne l’architecture du pouvoir. M. Gavet Elengo suggère la mise en place d’un exécutif de transition. Il serait composé du Président de la République actuel et d’un Premier ministre doté de pleins pouvoirs pour conduire la période.
Le candidat assume une référence historique forte. Il invoque le modèle de la transition de 1991, moment fondateur dans la mémoire politique congolaise. Cette comparaison situe sa démarche dans une filiation connue, où une conférence avait redessiné les équilibres institutionnels du pays.
En liant contestation des résultats, demande de réformes et appel au dialogue, Destin Gavet Elengo cherche à occuper durablement l’espace public. Reste à savoir quel accueil les autres acteurs réserveront à un rapport qui, pour l’heure, alimente surtout le débat sur la transparence du scrutin (Agence Congolaise d’Information).