Le village d’Ondza, près de Makoua, a accueilli le 24 février la dépouille de Firmin Ayessa, ministre d’État disparu le 17 février à Istanbul. Le défunt a regagné sa terre natale au terme d’un long voyage, fidèle aux racines d’un homme attaché à son département d’origine.
Le président Denis Sassou N’Guesso et son épouse ont tenu à accompagner le ministre jusqu’à sa dernière demeure. Cette présence au plus haut sommet de l’État a souligné le poids d’une figure restée proche du pouvoir durant près de deux décennies, jusqu’à son dernier souffle.
Un hommage national chargé d’émotion à Brazzaville
La veille de l’inhumation, le 23 février, Brazzaville avait offert au disparu un hommage solennel, en présence du couple présidentiel. L’oraison funèbre, prononcée par Gilbert Ondongo, représentant personnel du chef de l’État, a retracé avec retenue les derniers instants du ministre.
Missionné par le président pour porter la parole officielle, Gilbert Ondongo a ouvert son intervention par une confidence empreinte de gravité. Il a évoqué le moment, un mois plus tôt, où il veillait son aîné à l’hôpital d’Istanbul, partageant une douleur qu’il peinait encore à formuler devant l’assistance.
Assis dans le couloir de l’établissement turc, l’orateur a confié avoir vécu une scène troublante : la visite, étrange à ses yeux, d’un chat noir. Selon ses propres mots, cet épisode traduisait son refus intime d’admettre la perte d’un homme qu’il considérait comme un frère.
D’un séminaire abandonné à la radio congolaise
Né le 2 novembre 1951 à Ondza, Firmin Ayessa fit ses premiers pas scolaires à la mission catholique de Makoua. Reçu au concours du séminaire Saint-Pie, il nourrissait d’abord la vocation sacerdotale, avant de choisir une voie laïque qui allait marquer la vie publique congolaise.
Il acheva ses humanités dans plusieurs établissements, décrocha un baccalauréat série A au lycée Savorgnan de Brazzaville, puis obtint une bourse pour étudier la communication à l’université de Bordeaux. Ce passage par la France forgea le futur journaliste et communicant qu’il deviendrait.
Sa carrière s’ouvrit en 1977 à la RTC, où ses éditoriaux signés du pseudonyme Max Loma marquèrent durablement les esprits. Promu directeur des programmations dès l’année suivante, il gravit ensuite les échelons jusqu’à la direction générale de la radio-télévision congolaise, qu’il quitta en 1989.
Entre 1989 et 1991, il dirigea l’Agence congolaise d’information. La Conférence nationale de 1991 le conduisit vers le privé : il devint rédacteur en chef du quotidien Aujourd’hui, prolongeant ainsi un long compagnonnage avec le métier de la presse écrite.
Une trajectoire politique au cœur du PCT
L’engagement partisan de Firmin Ayessa épousa l’histoire récente du pays. Élu en 1990 au Comité central du Parti congolais du travail lors du quatrième congrès extraordinaire, il y demeura fidèle jusqu’à sa mort, accédant en 2006 au Bureau politique puis au secrétariat permanent.
Commissaire politique du PCT pour le département de Pointe-Noire, il présida la Commission politique préparatoire du sixième congrès ordinaire du parti, tenu du 27 décembre 2025 au 1er janvier 2026. Ces responsabilités témoignent d’un homme placé au cœur des équilibres internes de sa formation.
Du cabinet présidentiel au rang de ministre d’État
En 2007, après avoir organisé le Forum national pour la réconciliation, Firmin Ayessa intégra le cabinet présidentiel, étape décisive d’une carrière gouvernementale appelée à durer. Sa proximité avec le sommet de l’État ne se démentit plus dès lors.
Vice-Premier ministre chargé de la Fonction publique, de la réforme de l’État, du Travail et de la Sécurité sociale de 2017 à 2021, il fut élevé au rang de ministre d’État en 2021. Il occupait encore ces fonctions au moment de son décès, signe d’une confiance maintenue jusqu’au bout.
L’inhumation à Ondza referme ainsi le parcours d’un homme passé du micro de la radio nationale aux plus hautes responsabilités de l’État. La présence du couple présidentiel à ses obsèques a scellé, à sa manière, l’attachement d’une nation à l’un de ses serviteurs les plus constants.
