La voix matinale de Radio Congo s’est tue
Le paysage médiatique congolais perd l’une de ses figures les plus familières. André Yabi Yabi, journaliste-animateur dont la voix a accompagné des générations d’auditeurs sur Radio Congo, est décédé. La nouvelle a suscité une vive émotion à Brazzaville et bien au-delà.
Pour beaucoup d’auditeurs, il représentait davantage qu’un professionnel des ondes. Sa présence quotidienne tenait du repère, presque du rituel. À l’heure où la radio constituait le principal canal d’information en République du Congo, sa voix rythmait les journées de tout un pays.
Une voix reconnaissable entre toutes
Yabi Yabi avait bâti très tôt sa réputation grâce à un timbre singulier, puissant et immédiatement identifiable. Cette voix imposante contrastait avec une silhouette frêle, un décalage qui marquait les esprits et renforçait sa prestance derrière le micro.
Son engagement à l’antenne témoignait d’une rare endurance. Il accueillait les auditeurs dès cinq heures du matin et accompagnait souvent la grille jusqu’à minuit. Sa journée épousait celle de Radio Congo, des premiers réveils aux dernières heures de la nuit.
Il appartenait à cette génération de professionnels qui donnaient une âme aux ondes nationales. Leur travail dépassait la simple diffusion d’informations : il s’agissait de créer un lien quotidien, intime, entre une station et son public, dans un Congo où l’écoute radiophonique structurait la vie sociale.
Un transmetteur de savoir-faire
L’apport de Yabi Yabi ne se limitait pas à l’animation. Il s’attachait à former les futurs professionnels du secteur, transmettant un métier autant qu’une éthique. Plusieurs jeunes journalistes lui doivent une part de leur apprentissage.
Jean-Jacques Jarelle Sika, journaliste-animateur à Radio Congo, garde le souvenir d’un mentor exigeant. Il le décrit comme « un véritable artisan de la parole », formule qui résume une approche faite de rigueur et de respect du public.
Son enseignement reposait sur une conviction simple, qu’il rappelait volontiers. Selon lui, « derrière chaque micro se cache une immense responsabilité : informer, émouvoir et respecter les auditeurs ». Cette exigence irrigue encore le travail de ceux qu’il a accompagnés.
Une fin de vie qui interpelle
Le parcours de Yabi Yabi comporte une part d’ombre qui ne peut être tue. Ses dernières années auraient été marquées par de grandes difficultés. Selon plusieurs témoignages, des personnes l’auraient aperçu vivant dans des conditions précaires dans les rues de Brazzaville.
Ce contraste entre un prestige passé et une vulnérabilité tardive a profondément ému ceux qui connaissaient son importance. Beaucoup y voient une interrogation plus large sur le sort réservé à celles et ceux qui ont longtemps servi le pays par leur voix.
La question dépasse le cas individuel. Elle touche à la reconnaissance accordée aux professionnels des médias une fois leur carrière achevée, et à l’accompagnement dont ils devraient pouvoir bénéficier. Le souvenir ému qu’il laisse rend ce sujet d’autant plus sensible.
Un héritage durable sur les ondes
Le départ de Yabi Yabi creuse un vide réel dans le secteur. Sa voix, sa rigueur et sa disponibilité avaient fini par incarner une certaine idée de la radio de service public au Congo-Brazzaville.
Son influence, pourtant, ne disparaît pas avec lui. Elle se prolonge dans le travail quotidien des animateurs et journalistes qu’il a inspirés ou formés. Chaque prise d’antenne respectueuse de l’auditeur porte un peu de son empreinte.
Pour ses anciens auditeurs comme pour ses élèves, André Yabi Yabi restera ce chevalier du micro qui avait fait de la radio une affaire de responsabilité et de proximité. Une voix s’est éteinte, mais l’exigence qu’elle défendait continue d’habiter les ondes congolaises.
