Carburant : faut-il briser le monopole de la SNPC ?
Depuis plus de deux semaines, le Congo-Brazzaville traverse une nouvelle pénurie de carburant qui paralyse Brazzaville, Pointe-Noire et l’intérieur du pays. Dans une tribune, le commentateur Jean-Clotaire Diatou pose une question dérangeante : pourquoi ne pas en finir avec le monopole de la SNPC ?
Une pénurie qui dure et qui pèse sur les ménages
Sur le terrain, la situation reste tendue. Aux stations-service, le litre d’essence est officiellement fixé à 775 francs CFA. Mais l’attente y est devenue incertaine, quand le produit n’est pas tout simplement absent des pompes.
Face à cette rareté, un marché parallèle a repris ses droits. Les vendeurs informels, surnommés « Kadhafis », écoulent l’essence entre 1 500 et 2 000 francs CFA le litre. Soit deux à près de trois fois le tarif officiel pour les automobilistes contraints.
Cette flambée frappe d’abord les plus exposés. Les navetteurs, les chauffeurs de taxi et les transporteurs absorbent une charge supplémentaire qui finit, mécaniquement, par se répercuter sur les déplacements quotidiens de l’ensemble des habitants.
Le verrou du monopole sur les importations
Au cœur de l’analyse de la tribune figure la question du circuit d’approvisionnement. La Société nationale des pétroles du Congo (SNPC) contrôle de manière quasi exclusive l’importation des produits pétroliers raffinés destinés au marché intérieur.
La loi prévoit pourtant une ouverture. Des importateurs privés agréés peuvent, en principe, intervenir dans la chaîne d’approvisionnement. Mais dans les faits, souligne l’auteur, cette participation demeure « très encadrée », ce qui en limite fortement la portée concrète.
Résultat : lorsqu’un grain de sable enraye la machine d’État, peu d’acteurs sont en mesure de prendre le relais rapidement. Le pays se retrouve alors exposé à des ruptures que des canaux d’approvisionnement plus diversifiés pourraient, selon la tribune, amortir.
Une capacité de raffinage qui ne suit pas
La fragilité tient aussi à l’outil industriel. La raffinerie Coraf ne couvre qu’environ 70 % de la demande nationale, estimée à 60 millions de litres par mois. Une part significative des besoins repose donc, structurellement, sur l’importation.
Cet écart explique pourquoi le moindre retard logistique se transforme vite en pénurie visible. Tant que la production locale reste en deçà de la consommation, la régularité de l’approvisionnement dépend largement de la fluidité des achats à l’étranger.
L’espoir d’un rééquilibrage repose sur un projet de seconde raffinerie à Pointe-Noire. Annoncée pour décembre 2025, cette installation attend toujours sa mise en service, laissant entière, pour l’heure, la question de la capacité nationale.
Libéraliser pour sécuriser l’approvisionnement
C’est sur ce constat que l’auteur bâtit sa recommandation. Pour Jean-Clotaire Diatou, la sortie de crise passe par une mesure claire : « briser le monopole d’État » afin de libéraliser le secteur des produits pétroliers raffinés.
L’idée n’est pas isolée. La tribune rappelle que le Fonds monétaire international (FMI) plaide régulièrement pour ce type d’ouverture. Une convergence qui place le débat sur le terrain des réformes structurelles attendues de l’économie congolaise.
Le raisonnement est avant tout économique. En multipliant les opérateurs autorisés à importer, le pays se doterait de plusieurs sources d’approvisionnement. La défaillance d’un acteur n’entraînerait plus, à elle seule, l’assèchement du marché.
Des crises à répétition et un coût pour l’économie
L’argument central de la tribune dépasse l’épisode actuel. Sans réforme de fond, prévient l’auteur, le Congo-Brazzaville restera exposé à des crises intermittentes, dont la pénurie en cours ne serait qu’une manifestation parmi d’autres.
Les conséquences ne se limitent pas à la gêne des automobilistes. Le carburant irrigue toute l’activité, à commencer par les transports publics, dont le bon fonctionnement conditionne l’accès au travail, aux marchés et aux services pour une large partie de la population.
C’est là que la tribune trouve sa cohérence. Une pénurie de carburant n’est jamais un simple problème de pompe : elle ralentit la circulation des personnes et des biens, et pèse, in fine, sur le coût de la vie des ménages.
Un débat de fond relancé
En remettant la question du monopole sur la table, cette tribune ravive un débat ancien sur l’organisation du marché pétrolier congolais. Faut-il maintenir un pilotage centralisé de l’importation, ou ouvrir davantage la porte aux opérateurs privés agréés ?
L’épisode actuel donne à cette interrogation une résonance immédiate. Pour les habitants de Brazzaville et de Pointe-Noire confrontés aux files d’attente et au marché parallèle, la réponse ne relève plus de la seule théorie économique, mais du quotidien.
