Brazzaville : Akieni Academy montre ses premiers résultats
Les journées Akieni Academy se sont tenues à Brazzaville les 29 et 30 janvier, avec une double séquence : restitution des travaux de la première cohorte et lancement officiel de la promotion 2026. L’événement a mis en avant une initiative dédiée aux métiers du numérique.
Étudiants, entrepreneurs, responsables institutionnels et membres du gouvernement ont pris part aux échanges. L’ambiance était à la fois studieuse et célébrative, marquée par la présentation de projets concrets et par l’idée que la transformation digitale passe aussi par des compétences locales solides.
Une formation orientée emploi, différente du cadre universitaire
Akieni Academy revendique une approche très pratique, construite autour de cas réels et de livrables. « La formation que nous proposons est très différente de celle dispensée à l’université. Elle est orientée vers l’emploi et basée sur des projets concrets », a expliqué le directeur général, Frédéric Nzé.
Ce positionnement répond à une attente récurrente du marché numérique : des profils opérationnels, capables de travailler en équipe, de respecter des délais et d’appliquer des méthodes. Pour les participants, l’enjeu dépasse le diplôme : il s’agit d’acquérir des réflexes professionnels.
Sélection exigeante : 1 800 candidats, 35 diplômés
Les chiffres donnés pendant les journées illustrent la sélectivité du dispositif. Sur 1 800 candidats ayant postulé à la première cohorte, 100 ont été retenus. Au terme du parcours, 35 ont finalisé la formation, au prix d’un rythme soutenu.
Les premiers effets sur l’emploi ont aussi été mis en avant. Selon les éléments présentés, près de la moitié des lauréats sont aujourd’hui en poste au sein d’Akieni Academy. Pour les organisateurs, ce résultat valide l’idée d’un apprentissage directement connecté aux besoins.
Promotion 2026 : 400 jeunes visés, 6 à 9 mois de parcours
Le lancement de la deuxième cohorte, appelé promotion 2026, s’accompagne d’objectifs plus larges. Akieni Academy prévoit de former environ 400 jeunes sur une durée de six à neuf mois, parmi 4 000 à 6 000 candidats attendus.
Les modules annoncés couvrent des métiers recherchés : ingénierie informatique, développement d’applications, design, data science et analyse des systèmes d’information. L’académie met l’accent sur des compétences directement mobilisables, dans des équipes techniques comme dans les fonctions d’appui.
Cap sur 2030 : 30 000 talents et une ambition exportable
Au-delà de la cohorte 2026, l’objectif déclaré est de former 30 000 jeunes aux métiers du numérique d’ici 2030. L’idée est de faire émerger un vivier capable de soutenir les besoins internes, tout en développant des compétences exportables depuis le Congo.
Frédéric Nzé a insisté sur cette perspective : « Tous ces jeunes ne seront pas absorbés par l’économie nationale. Comme au Maroc ou en Inde, nous voulons qu’ils travaillent depuis le Congo sur des projets destinés à des entreprises étrangères afin de générer des devises. »
Dans cette logique, l’anglais est présenté comme un passage quasi obligé. Le directeur général a rappelé l’importance de cette langue dans les sciences, les outils numériques et le business, notamment pour collaborer à distance sur des projets internationaux et accéder à une documentation majoritairement anglophone.
Projets présentés : applications, biométrie, veille et banque
Les travaux montrés par les académiciens ont donné une image concrète de la méthode. Des applications ont été développées pour une fondation gabonaise, tandis que des solutions biométriques ont été évoquées pour la CNSS, illustrant une orientation vers des besoins identifiés.
D’autres projets portent sur la veille de l’information sur les réseaux sociaux, ainsi que sur des cas d’usage dans l’assurance et la banque. Pour plusieurs intervenants, ces démonstrations renforcent la crédibilité d’une formation qui ne reste pas théorique et mise sur des livrables testables.
Partenaires et vision : le numérique pour structurer l’action
Belinda Ayessa, directrice générale du Mémorial Pierre-Savorgnan-de-Brazza, a souligné la portée transversale du numérique. « Le numérique permet de structurer et d’anticiper l’imprévisible », a-t-elle déclaré, en saluant l’engagement des partenaires ayant soutenu des programmes annoncés comme gratuits.
Elle a aussi proposé une lecture plus large des enjeux : « La véritable richesse des nations réside désormais dans la densité de talents structurés. » Un message entendu par de jeunes participants, pour qui la compétence devient une forme d’assurance face à un marché du travail changeant.
Parcours des lauréats : fierté, opportunités, plus de femmes
Les témoignages ont mis en avant des trajectoires personnelles. Esther Mban s’est dite fière du chemin parcouru, tout en regrettant la faible présence féminine. « Le numérique n’a pas de genre. J’invite les femmes à s’y engager, car nous avons les mêmes capacités et les mêmes formations », a-t-elle affirmé.
Négocier Abed Pasteur Apipi Bouya, business system analyst, a présenté la formation comme un tremplin pour contribuer à des projets structurants, notamment dans le e-banking et la gestion assurantielle. Des propos qui rejoignent l’idée d’un numérique utile aux services du quotidien.
Souveraineté technologique : le message du ministre Léon Juste Ibombo
Ouvrant les travaux de la conférence, le ministre des Postes, des Télécommunications et de l’Économie numérique, Léon Juste Ibombo, a replacé l’initiative dans un cadre plus large de souveraineté technologique. « Former nos jeunes aux métiers du numérique n’est pas un choix accessoire, c’est un impératif politique national », a-t-il déclaré.
Le ministre a également insisté sur la protection des données personnelles à l’ère du tout digital. Pour lui, Akieni Academy s’inscrit dans une dynamique qui prépare l’avenir, en misant sur les compétences, la responsabilité et l’appropriation des outils numériques dans un cadre maîtrisé.
