Brazzaville s’est muée, le temps de quelques jours, en capitale financière du continent. Denis Sassou N’Guesso a ouvert les 61es Assemblées annuelles de la Banque africaine de développement, un rendez-vous que la République du Congo accueille avec une fierté assumée.
Brazzaville, hôte d’un rendez-vous continental
Devant chefs d’État, représentants gouvernementaux et responsables institutionnels, le président congolais a salué la venue de ses « illustres hôtes ». Il a remercié le Groupe de la BAD pour avoir désigné son pays comme terre d’accueil de ces assises majeures.
Parmi les personnalités saluées figurait Mahamadou Issoufou, ancien président du Niger. Le chef de l’État a également renouvelé ses encouragements au Dr Sidi Ould Tah, qui préside le Groupe de la Banque africaine de développement.
Mobiliser les ressources « dans un monde fragmenté »
Le thème retenu donne le ton de ces Assemblées : « Mobiliser des ressources à grande échelle pour le financement du développement de l’Afrique dans un monde fragmenté ». Pour Sassou N’Guesso, ce mot d’ordre traduit une urgence devenue impossible à différer.
Les besoins du continent, a-t-il rappelé, sont « immenses ». Ils touchent aussi bien les infrastructures que l’énergie, l’agriculture, l’industrie ou le numérique. La santé, l’éducation, la formation professionnelle et la protection de l’environnement complètent ce tableau exigeant.
Le président plaide pour « des approches plus ambitieuses ». Selon lui, le financement du développement africain ne peut plus se contenter des recettes anciennes ni des seuls appuis extérieurs traditionnels.
L’épargne africaine au cœur de la stratégie
Au-delà des capitaux internationaux, le chef de l’État insiste sur un levier souvent négligé : l’épargne africaine elle-même. Mieux la mobiliser supposerait, selon lui, d’approfondir les marchés financiers du continent et de consolider les institutions régionales.
Il évoque aussi le développement d’instruments de garantie, de partage des risques et de financement mixte. Autant d’outils destinés à orienter les capitaux vers des projets « structurants », capables de transformer durablement les économies nationales.
Cette tonalité rejoint une revendication plus large, portée par plusieurs dirigeants africains : celle d’une architecture financière internationale jugée plus équitable, moins défavorable aux pays du Sud.
Une institution « bien plus » qu’une banque
Le président congolais a tenu à rappeler le rôle historique de la Banque depuis sa création. Celle-ci accompagne les pays dans leurs infrastructures, leur accès à l’énergie, leur sécurité alimentaire, leur intégration régionale et leur gouvernance économique.
Pour Sassou N’Guesso, l’institution dépasse sa fonction strictement financière. Il la décrit comme « un instrument de solidarité africaine », formule qui résume une vision où développement et fraternité continentale s’entremêlent.
Cette lecture politique de la BAD n’est pas anodine. Elle situe l’institution dans un projet panafricain, là où d’autres n’y verraient qu’un bailleur parmi d’autres sur la scène multilatérale.
Le Congo et sa « Vision Congo 2063 »
Le chef de l’État a profité de la tribune pour évoquer la trajectoire de son pays. La République du Congo entretient avec la Banque une coopération qu’il qualifie d’« ancienne, solide et fructueuse », inscrite dans la durée.
Brazzaville poursuit, dit-il, les réformes nécessaires pour améliorer la gouvernance publique et renforcer la planification. L’objectif affiché : promouvoir l’investissement privé, soutenir l’industrialisation et accélérer la diversification d’une économie longtemps dépendante de quelques secteurs.
Cette ambition s’incarne dans la « Vision Congo 2063 », cadre stratégique de long terme cité par le président. Une feuille de route qui dépasse l’horizon des mandats et engage le pays sur plusieurs décennies.
Des engagements attendus
En refermant son propos, Sassou N’Guesso a formé le vœu que ces Assemblées soient « fructueuses ». Il espère qu’elles déboucheront sur des orientations fortes et des engagements concrets, et non sur de simples déclarations d’intention.
Le président appelle de ses vœux une Afrique « plus résiliente, plus intégrée et plus prospère », au service direct des populations. Reste désormais à voir si les travaux de Brazzaville traduiront cet appel en décisions tangibles pour le continent.
Au fond, ces assises dépassent le seul cadre congolais. Elles posent une question qui traverse toute l’Afrique : comment financer son développement sans dépendre indéfiniment de logiques extérieures qui lui échappent (Journal de Brazza) ?
