À Brazzaville, le choléra ne relâche pas sa pression. Depuis juillet 2025, le Congo-Brazzaville comptabilise 1024 cas et 100 décès, un bilan lourd qui pousse autorités sanitaires et partenaires internationaux à multiplier les actions de terrain dans les quartiers exposés.
Une matinée de terrain au marché Massa de Talangaï
Le samedi 9 mai 2026, le marché Massa, dans le sixième arrondissement de Talangaï, a accueilli une opération de sensibilisation de routine. Lieu de forte affluence, ce marché concentre les risques de transmission liés à la manipulation des aliments et à la promiscuité.
L’initiative était portée par le ministère de la Santé et de la population, avec l’appui technique et financier du bureau-pays de l’Organisation mondiale de la santé. Le Dr Jean-Claude Mobousse, conseiller à la santé du ministre, en assurait la direction.
À ses côtés, le Dr Kandako Youba, responsable des urgences de santé publique à l’OMS-Congo, représentait l’agence onusienne. Ce binôme illustre la coordination entre l’État congolais et ses partenaires face à une épidémie qui s’installe dans la durée.
Kits de lavage et dépliants pour les commerçants
Sur place, des équipes conjointes du ministère, de l’OMS, du CRS, de l’UNICEF et d’autres partenaires ont remis des kits de lavage de mains et des savons aux responsables du comité du marché. Des dépliants ont circulé parmi les usagers.
Ces gestes, simples en apparence, visent un public précis : les commerçants et les acheteurs qui fréquentent quotidiennement les étals. En ciblant un point névralgique de la vie urbaine, les organisateurs cherchent à toucher rapidement un grand nombre de personnes.
Un bilan où la mortalité communautaire inquiète
Présentant la situation épidémiologique, le Dr Jean-Médard Kankou, directeur de l’épidémiologie et de la lutte contre la maladie, n’a pas minimisé la gravité du moment. Ses chiffres dessinent une crise qui dépasse le seul cadre de la capitale.
« À ce jour, nous sommes à 1024 cas, dans les départements touchés. Ces cas sont cumulatifs depuis le début de l’épidémie en juillet 2025 jusqu’à ce jour », a-t-il déclaré. Le responsable a ensuite pointé un constat préoccupant.
« Malheureusement, on déplore 100 décès, et plus de 80 % de ces décès interviennent au niveau de la communauté avant que les populations atteignent le centre de santé », a précisé le Dr Kankou. Autrement dit, l’essentiel des pertes survient hors des structures de soins.
Ce détail change la lecture de l’épidémie. Il suggère que le problème ne réside pas seulement dans la prise en charge médicale, mais aussi dans le délai entre les premiers symptômes et le recours aux soins, souvent trop long dans les communautés concernées.
Quatre départements sous surveillance
La maladie ne se limite pas à Brazzaville. Les départements de Congo-Oubangui, de la Likouala, de la Sangha et des Plateaux figurent parmi les zones touchées. Cette dispersion géographique complique la riposte et étire les moyens disponibles.
Face à cette réalité, le Dr Kankou a exhorté les populations à se rendre dans la formation sanitaire la plus proche dès l’apparition des premiers signes d’alerte. Il a notamment mentionné la diarrhée persistant depuis deux ou trois jours comme signal à ne pas ignorer.
Ce message d’alerte précoce répond directement au constat sur la mortalité communautaire. Agir tôt, c’est réduire le risque de décès évitables, ceux qui surviennent loin d’un centre de santé faute de réaction rapide.
Des gestes simples pour briser la chaîne
Au-delà des chiffres, la matinée a servi à rappeler les bases de la prévention. Les organisateurs ont insisté sur l’importance de couvrir les aliments, de bien les laver et de les protéger des mouches, vecteurs fréquents de contamination sur les marchés.
Le lavage des mains à l’eau et au savon est revenu comme un réflexe central, de même que la cuisson suffisante des aliments. Ces recommandations, peu coûteuses, restent les armes les plus accessibles contre une maladie qui se transmet par l’eau et les aliments souillés.
L’opération de Talangaï s’inscrit dans une série de sensibilisations destinées à informer durablement les habitants. Reste à savoir si ces efforts de proximité suffiront à infléchir une courbe qui, depuis près d’un an, continue de peser sur le pays.
