Crèches communautaires à Brazzaville : un succès fulgurant
Dans l’allée bruissante du marché Soukissa, un nouveau son se mêle aux appels des vendeuses : les rires d’enfants gardés par les « Mama Mobokoli », ces nounous-entrepreneuses qui redessinent la journée des mères travailleuses.
Lancé en juillet 2025 avec l’appui de l’Ong Medrac Africa, le projet de crèches communautaires répond à un double défi : offrir une garde sûre et permettre aux femmes de maintenir ou d’élargir leur activité commerciale sans quitter les étals.
En trois mois, deux structures ont ouvert, d’abord à Soukissa puis au marché Total de Bacongo, dépassant aussitôt leurs capacités d’accueil, signe tangible d’un besoin longtemps sous-estimé dans les quartiers populaires de Brazzaville.
« Nous pensions atteindre 36 enfants avant décembre, nous en gérons déjà 39 », confie Mme Barth Oko, gestionnaire du projet, heureuse d’ajouter des nattes plutôt que de refuser des dossiers qu’elle juge socialement urgents.
Au marché Total, la file des parents commence avant l’aube. Les « Mama Mobokoli » y accueillent jusqu’à 65 enfants, sécurisés dans une salle aérée, pendant que les vendeurs de poisson, de légumes ou de tissus s’installent.
Formation des « Mamapreneurs », un modèle innovant
Derrière cette réussite se trouve un programme de formation de trois mois inspiré de Kidogo, initiative kenyane saluée par l’Unicef pour sa qualité pédagogique et son coût abordable.
Seize femmes ont constitué la première cohorte. Sélectionnées pour leur motivation et leur proximité avec les marchés, elles ont appris nutrition infantile, premiers secours, stimulation cognitive et bases de comptabilité.
« Nous ne sommes pas seulement nounous, nous sommes des entrepreneuses », insiste Jocelyne Mpila, 34 ans, qui crée chaque matin un coin lecture avec des livres en lingala et en français pour encourager le bilinguisme précoce.
Les sessions intégrant gestion des stocks et marketing permettent aux « Mamapreneurs » de rentabiliser l’espace crèche en vendant occasionnellement des snacks équilibrés aux parents, générant ainsi des revenus complémentaires.
Impact économique direct pour les femmes actives
Avant l’ouverture des crèches, de nombreuses vendeuses confiaient leur bébé à une sœur adolescente ou restaient à la maison, perdant la moitié de leurs gains journaliers.
Désormais, pour quinze cents francs CFA la journée, elles laissent l’enfant dans un environnement sûr, récupèrent du temps productif et peuvent élargir leur gamme de produits, explique la responsable administrative du marché Total.
Selon un suivi interne, le chiffre d’affaires quotidien des commerçantes utilisant la crèche aurait augmenté en moyenne de 22 %, car elles restent au point de vente jusqu’à la fermeture.
L’économie locale bénéficie aussi. Les grossistes notent une hausse de commandes, tandis que les transporteurs collectifs remplissent davantage de sièges chaque soir, signe d’un cercle vertueux autour de la garde d’enfants.
Extension prochaine vers Pointe-Noire
Forte de la demande, l’équipe projet sillonne déjà les arrondissements de Pointe-Noire pour identifier des locaux proches des marchés Tié-Tié et Loandjili, fréquemment cités par les clientes.
« Notre feuille de route prévoit trois crèches pilotes sur la côte d’ici fin 2026 », précise Mme Oko, qui souligne l’appui du ministère des Affaires sociales et de partenaires privés attentifs au bien-être de la petite enfance.
Des discussions sont également engagées avec des entreprises pétrolières pour héberger des structures analogues près des bases opérationnelles, offrant ainsi un service aux salariées et aux riverains.
Les autorités locales voient dans cette expansion un moyen additionnel de réduire le chômage féminin, estimé à 17 % à Pointe-Noire, en alignant formation qualifiante et débouchés immédiats.
Un appui aligné sur les priorités sociales
Le gouvernement encourage depuis plusieurs années les initiatives de garde communautaire, notamment à travers le Projet de protection sociale et d’inclusion productive des jeunes, financé par des partenaires internationaux.
Ce projet, déjà connu pour ses stages agricoles, s’appuie désormais sur le modèle « Mamapreneur » afin de diversifier les emplois urbains et soutenir l’autonomie financière des femmes.
En facilitant l’accès à une garde professionnelle au sein même des marchés, le dispositif répond aussi à l’objectif national d’éducation précoce, valeur inscrite dans la stratégie sectorielle 2025-2035.
Dans un récent reportage télévisé, des parents ont salué la discipline douce pratiquée par les Mama Mobokoli, évoquant une amélioration du vocabulaire, de la socialisation et de la propreté chez leurs enfants après seulement quelques semaines.
Si le modèle poursuit sa croissance, il pourrait inspirer d’autres villes de la sous-région, faisant du Congo un exemple d’entrepreneuriat social centré sur la petite enfance et la valorisation du travail féminin.
Les économistes de la Chambre de commerce estiment que chaque crèche génère indirectement cinq emplois, entre fournisseurs de repas, artisans pour les jeux éducatifs et agents d’entretien, renforçant la chaîne de valeur locale.
De son côté, Medrac Africa prépare un kit pédagogique standardisé contenant chansons, puzzles et matériel de motricité fine, afin d’assurer une qualité homogène dans les futures antennes provinciales.
La prochaine étape consistera à élaborer un manuel de procédures, validé par les services de santé, pour faciliter la certification sanitaire et rassurer davantage les parents urbains exigeants.
