Dans les rues de Brazzaville, une génération entière compose chaque matin avec l’incertitude. Diplômés ou non, ces jeunes venus pour étudier ou tenter leur chance font de la débrouillardise un mode de vie. Leur quotidien tient en un mot : survivre.
Une jeunesse venue de l’intérieur du pays
Beaucoup de ces jeunes arrivent dans la capitale congolaise au terme d’un exode rural. Certains visent l’université, d’autres cherchent simplement à améliorer leur condition. Pour la plupart, l’horizon se réduit vite à une seule réalité : trouver, jour après jour, de quoi tenir.
Une observation menée de fin février à début avril 2026, période couvrant les vacances scolaires et l’élection présidentielle de mars, dresse un constat net. Faute d’alternatives, la majorité de ces jeunes se rabat sur des activités informelles. Les revenus en sont minces, parfois à peine de subsistance.
Cette absence de débouchés formels touche aussi bien ceux qui ont quitté l’école tôt que les titulaires de diplômes. Le parcours scolaire, censé ouvrir des portes, n’offre pas toujours la promotion attendue. L’écart entre la formation reçue et le marché du travail nourrit une frustration sourde.
La cabine téléphonique comme dernier recours
Delvis Walembokanda incarne ce décalage. Titulaire d’un baccalauréat décroché en 2021 à Mouyondzi, il n’a pu poursuivre ses études universitaires, faute de soutien financier. Aujourd’hui, il gère une cabine téléphonique à Brazzaville et exerce comme agent commercial de mobile money.
Se lancer dans cette activité n’a rien d’anodin. Il a fallu réunir un apport de 300 000 F CFA avant d’espérer le moindre gain. Pour un jeune sans appui familial solide, une telle somme représente déjà un obstacle considérable, un pari risqué sur un avenir incertain.
Ses journées s’étirent de 7h30 à 20h, sans véritable répit. À la fatigue s’ajoute une crainte constante : celle des amendes policières qu’il juge injustifiées. Ce sentiment d’être ponctionné en permanence finit par peser autant que la précarité elle-même.
« L’État demande aux jeunes de se débrouiller tout en les surchargeant de taxes », résume-t-il en substance. Le paradoxe le révolte. On lui réclame de l’autonomie, mais on alourdit la moindre de ses initiatives par des prélèvements qu’il ne comprend pas toujours.
Des familles qui se saignent pour l’éducation
Derrière chaque jeune, il y a souvent une famille qui a tout misé. De nombreux parents vendent leurs biens et puisent dans leurs économies pour financer la scolarité de leurs enfants. L’éducation reste perçue comme l’investissement le plus sûr pour s’extraire de la pauvreté.
Mais le retour sur cet effort tarde à venir. Une fois le diplôme en poche, beaucoup de jeunes restent sans emploi, contraints de demeurer au domicile familial. Le sacrifice consenti par les parents se heurte alors à un marché du travail qui ne suit pas.
Ce blocage entretient un cercle décourageant. Les ressources d’une vie partent dans une formation qui n’aboutit pas à un poste. La promesse implicite faite à toute une génération – étudier pour réussir – s’enraye dans les faits.
L’espoir prudent placé dans le mandat 2026-2031
Malgré tout, l’envie d’y croire demeure. Delvis Walembokanda espère que le mandat 2026-2031 créera des opportunités d’emploi réelles, et non plus de simples activités de survie. Il attend de l’action publique qu’elle dépasse les discours pour produire des effets concrets.
Ses attentes restent précises et terre à terre. Il cite une meilleure électrification, qui faciliterait l’activité économique au quotidien. Il évoque aussi des recrutements gouvernementaux menés de façon systématique, capables d’absorber une partie de cette jeunesse diplômée laissée sur le bord du chemin.
Ce regard porté vers l’avenir traduit une tension persistante. D’un côté, la lassitude née d’années de débrouille et de taxes. De l’autre, la conviction tenace qu’un changement reste possible si les engagements pris se traduisent en actes mesurables.
La jeunesse brazzavilloise avance donc en équilibre, entre lucidité et espérance. Elle ne réclame pas l’impossible : du travail digne, un cadre plus juste et la reconnaissance d’efforts trop souvent invisibles. Son attente, patiente mais réelle, attend désormais une réponse durable.
