À Brazzaville, dans le premier arrondissement de Makélékélé, une voix s’élève pour rappeler une réalité souvent reléguée au second plan. Le centre Medipsyp, spécialisé dans l’accueil des personnes autistes, demande aujourd’hui un soutien plus ferme des pouvoirs publics.
Un appel direct au gouvernement
Le directeur général de l’établissement, André Kabi, exhorte le gouvernement à appuyer les structures qui accueillent les personnes autistes. Ces lieux assurent un travail discret mais déterminant pour des familles souvent isolées face au handicap.
Selon lui, ces centres proposent un diagnostic adapté à chaque profil, ainsi qu’un accompagnement à la fois multidisciplinaire et psychopédagogique. Deux piliers jugés indispensables au développement des personnes concernées et à leur intégration progressive dans la société.
Cette demande n’a rien d’anodin. Elle traduit un besoin de reconnaissance institutionnelle pour un secteur qui repose, jusqu’ici, sur l’engagement de quelques acteurs spécialisés plutôt que sur une politique publique clairement structurée.
Trois décennies d’accompagnement au quotidien
Depuis trente ans, Medipsyp accompagne les enfants autistes dans l’acquisition d’apprentissages fondamentaux et de compétences de la vie courante. Un travail de patience, mené pas à pas, où chaque progrès compte autant pour l’enfant que pour son entourage.
Le centre s’appuie sur une organisation pensée par étapes. « Nous organisons des groupes pédagogiques d’adaptation, d’éveil et d’intégration, permettant aux personnes autistes d’apprendre à dessiner, à s’habiller ou à se déboutonner », explique André Kabi.
Pour les profils les plus avancés, l’établissement va plus loin. Il enseigne l’écriture, l’expression verbale et les codes de la vie collective. Autant d’outils qui ouvrent la voie à une plus grande autonomie et à une meilleure participation sociale.
Cette gradation illustre une conviction simple. L’autisme ne se résume pas à un obstacle figé : avec un encadrement adapté et constant, des marges de progression réelles existent, à condition de disposer des moyens nécessaires.
Des difficultés financières qui pèsent lourd
Derrière cet engagement, la fragilité économique du centre est bien réelle. Medipsyp traverse des difficultés financières sérieuses qui menacent la qualité de l’accompagnement proposé aux familles.
« Nombre de familles manquent de ressources, nous avons du mal à garantir une aide optimale », reconnaît le directeur général. Une phrase qui résume la tension permanente entre la mission sociale du centre et les contraintes budgétaires du terrain.
Pour tenir, l’établissement a imaginé un système de parrainage interne. Les parents disposant de moyens plus confortables versent une contribution d’au moins 15 000 francs CFA, afin d’aider à équilibrer un budget toujours sous pression.
Ce mécanisme de solidarité, aussi ingénieux soit-il, montre surtout les limites d’un modèle reposant essentiellement sur l’effort des familles. Sans appui extérieur durable, la viabilité de ces structures reste suspendue à des équilibres précaires.
Une mission exigeante au plus près des enfants
Le travail mené au sein du centre demande des compétences particulières et une grande disponibilité. Les équipes éducatives font face, chaque jour, à des situations qui exigent attention, méthode et beaucoup de bienveillance.
Sylvie Molombo, éducatrice à Medipsyp, témoigne de cette complexité. « Ces enfants s’expriment difficilement, répètent les paroles de façon désordonnée, manifestent des comportements atypiques », décrit-elle, mettant en lumière la réalité concrète du terrain.
Ce témoignage rappelle que l’accompagnement de l’autisme ne se limite pas à des techniques pédagogiques. Il suppose aussi une lecture fine des comportements, une capacité d’adaptation permanente et une relation de confiance patiemment construite.
Sensibiliser pour faire évoluer les regards
Au-delà de la prise en charge quotidienne, la question de la sensibilisation du public reste centrale. Mieux comprendre l’autisme demeure une condition essentielle pour faire reculer les préjugés et favoriser une véritable inclusion.
À l’occasion de la Journée mondiale de sensibilisation à l’autisme, le 2 avril, le centre Case Dominique a réuni professionnels et parents. L’objectif affiché était de mieux comprendre ces troubles, de favoriser l’inclusion et de défendre les droits des personnes autistes.
Ces rendez-vous jouent un rôle clé. Ils permettent de croiser les regards des familles et des spécialistes, de partager des expériences et de rappeler que l’inclusion relève d’une responsabilité collective, partagée bien au-delà des seuls centres spécialisés.
Un enjeu de société à Brazzaville
L’appel lancé par Medipsyp dépasse le cadre d’un simple centre. Il pose la question, plus large, de la place réservée aux personnes autistes et à leurs familles dans les politiques de santé et de solidarité au Congo-Brazzaville.
Entre engagement de terrain et attente d’un soutien public, l’équation reste ouverte. Pour les familles concernées, la réponse des autorités déterminera, en grande partie, l’avenir d’un accompagnement aujourd’hui porté à bout de bras (vox.cg).
