Mobilisation citoyenne à Brazzaville
Le premier samedi du mois a de nouveau sonné l’heure du salongo collectif à Brazzaville. Dès l’aube, rabots, bêches et pelles ont envahi rues et berges pour poursuivre le curage des collecteurs, débarrasser les caniveaux et balayer les principales artères.
Cette journée d’assainissement citoyen, instituée par circulaire gouvernementale, vise à ancrer un réflexe écologique durable. Elle mobilise non seulement les services publics, mais aussi les associations de quartier, les confessions religieuses et les entreprises privées investies dans la gestion des déchets.
Au cœur de la capitale, le collecteur Madoukou Tsékélé a servi de point de ralliement. Sous un soleil déjà généreux, les volontaires des ONG Salubrité sans frontière et Congo propre ont évacué sédiments et bouteilles plastiques entassés entre la rue Mbochi et l’avenue de France.
ONG et entreprises en première ligne
Dans l’arrondissement de Moungali, l’Association des jeunes éveillés a bénéficié du concours d’engins mécaniques fournis par la direction générale de l’Assainissement. Tranchées colmatées, herbes fauchées puis chargées dans les bennes de la société Albayrak, opératrice historique de la collecte urbaine.
La présence d’équipes mixtes rassure les riverains. « Voir l’État, les ONG et le privé travailler côte à côte nous encourage à garder notre rue propre », confie Marcel Mabiala, commerçant sur l’avenue des Trois Martyrs, balai encore humide à la main.
Depuis le lancement de cette campagne accrue en août, Albayrak a placé des bacs supplémentaires aux points stratégiques et intensifié la rotation de ses camions. L’entreprise rappelle que les déchets collectés sont ensuite dirigés vers la décharge contrôlée de Lifoula pour traitement.
Roger Christian Itoua, conseiller du ministre de l’Assainissement, souligne l’importance de cet appui logistique. Selon lui, « chaque bac plein retiré limite les dépôts sauvages et réduit les risques d’inondations à l’approche des pluies ». Le responsable encourage la poursuite des partenariats.
Les autorités renforcent les règles
Pour dissuader les dépôts illicites, des pancartes soudées ont été installées sur les garde-fous surplombant la Mfoa. Marie-Claire Bouanga, cheffe du quartier 42, prévient que tout contrevenant surpris à jeter des ordures sera sanctionné, mesure jugée ‘pédagogique’ par les habitants.
La circulaire en vigueur impose également aux pré-collecteurs de respecter des itinéraires précis jusqu’aux aires de transit. Formés par les techniciens du ministère, ils reçoivent des cartes détaillant les points de dépôt autorisés où Albayrak procède ensuite à la collecte secondaire.
Le ministre Juste Désiré Mondelé, à l’origine de l’opération, rappelle que des équipes de contrôle sillonnent les arrondissements. Elles dressent procès-verbaux et peuvent immobiliser les tricycles fautifs. Une cinquantaine de sanctions a déjà été enregistrée, selon la direction générale.
Sensibilisation dans les quartiers
À Ouenzé, les fidèles de l’Église Liloba, guidés par le pasteur Olsen Elion, ont abandonné, le temps d’une matinée, micros et orgues pour s’armer de pelles. Sous le slogan « Salongo obligatoire », ils ont curé le caniveau longeant l’avenue de la Tsiémé.
Le long du collecteur Zanga dia ba Ngombe, dans les premiers arrondissements de la ville, l’ONG Salubrité hygiène a misé sur l’éducation. Des bénévoles distribuent des flyers rappelant que chaque geste compte pour préserver l’écosystème urbain et limiter les maladies d’origine hydrique.
Le message trouve un écho auprès des jeunes. Natacha Ngatsé, étudiante en géographie, estime que « comprendre l’impact des déchets sur la nappe phréatique pousse à changer nos habitudes ». Elle prévoit de créer un club environnement au sein de son faculté.
Vers une culture durable de la propreté
Si les opérations se répètent chaque premier samedi, leur succès dépendra d’un engagement continu, relèvent les experts. Le sociologue Norbert Obou évoque l’idée d’inclure des modules d’assainissement dans les programmes scolaires pour transformer la corvée hebdomadaire en réflexe citoyen.
Le programme national de développement 2022-2026 prévoit justement d’améliorer la gestion des déchets dans toutes les grandes villes. Brazzaville sert de laboratoire, avant un déploiement progressif vers Pointe-Noire, Dolisie puis Owando, en lien avec les collectivités locales.
À court terme, le ministère compte équiper chaque arrondissement d’une brigade verte dotée de motos tricycles et de kits de premiers secours. Objectif affiché : réduire de 30 % les dépôts sauvages d’ici fin 2024 et renforcer l’image d’une capitale verte.
En attendant, chaque Brazzavillois est invité à sortir balai et houe le premier samedi du mois. Car c’est en alignant les gestes simples – trier, balayer, curer – que la ville pourra affronter durablement les défis sanitaires et climatiques qui se profilent.
