À Pointe-Noire, la 19e cérémonie de la Journée mondiale du paludisme a pris des allures d’avertissement. Loin d’un simple rituel commémoratif, l’événement a dressé le constat d’une maladie qui pèse encore lourdement sur le Congo-Brazzaville.
Le thème retenu cette année, « Mettons fin au paludisme maintenant. C’est possible. Agissons maintenant », résume bien l’esprit de cette rencontre, où se sont mêlés données scientifiques, engagements politiques et mobilisation des communautés locales.
Un bilan 2025 qui interpelle
Les chiffres communiqués pour l’année 2025 donnent la mesure du défi. Plus de 1,4 million de cas de paludisme ont été enregistrés sur le territoire national, et la maladie a causé 2 250 décès au cours de la même période.
Le paludisme demeure ainsi la première cause de consultation, d’hospitalisation et de mortalité dans le pays. Derrière ces statistiques se cache une pression constante sur des structures de santé déjà sollicitées par d’autres urgences quotidiennes.
Replacé dans son contexte mondial, le tableau reste préoccupant. Sur la planète, plus de 282 millions de cas et environ 600 000 décès ont été comptabilisés en 2025. L’Afrique continue d’en supporter une part disproportionnée, le Congo n’échappant pas à cette réalité.
Des voix officielles tournées vers l’action
À la tribune de Pointe-Noire, le Dr Vincent Dossou Sodjinou, représentant de l’OMS, a voulu insister sur la marge de manœuvre disponible. « Nous avons la volonté, les connaissances et les outils nécessaires pour réduire significativement les cas et les décès dus au paludisme… nous devons agir maintenant », a-t-il déclaré.
Le ministre de la Santé, Jean-Rosaire Ibara, a pour sa part orienté son propos vers le terrain. Il a appelé à accélérer la réduction des cas en renforçant la destruction des gîtes larvaires au cœur même des communautés.
Cette insistance sur le geste de proximité traduit un changement de regard. La lutte ne se joue plus seulement dans les laboratoires ou les centres de santé, mais aussi dans les quartiers, les cours et les abords des habitations où prolifèrent les moustiques.
L’assainissement comme levier central
La stratégie présentée par les autorités place l’amélioration de l’environnement au premier rang des priorités. L’idée est de mobiliser une forme de responsabilité collective, où chacun contribue à réduire les espaces favorables à la transmission de la maladie.
Cet axe s’accompagne de mesures plus classiques mais structurantes. La prise en charge gratuite des groupes vulnérables vise à protéger ceux que la maladie frappe le plus durement, notamment les enfants et les femmes enceintes.
La distribution de moustiquaires imprégnées reste un pilier de la prévention. Elle se conjugue au déploiement d’agents de santé communautaires, ces relais de terrain chargés de sensibiliser, d’orienter et parfois de soigner au plus près des populations.
Cette présence communautaire apparaît comme un atout dans un pays marqué par des distances importantes et un accès inégal aux soins. Elle permet de toucher des zones que les dispositifs centraux atteignent difficilement.
Des obstacles encore tenaces
Le discours volontariste n’efface pas les difficultés. Plusieurs défis continuent de freiner la riposte nationale, et les responsables présents à Pointe-Noire n’ont pas cherché à les minimiser.
La dépendance au financement extérieur figure parmi les fragilités les plus citées. Une part importante des moyens consacrés à la lutte repose sur des appuis venus de l’extérieur, ce qui expose les programmes à d’éventuelles fluctuations.
Les disparités territoriales constituent un autre frein. Selon les départements, l’accès aux outils de prévention et aux soins varie sensiblement, créant des inégalités face à un risque pourtant partagé par l’ensemble du pays.
Enfin, l’apparition de résistances aux insecticides vient compliquer une équation déjà délicate. Ce phénomène oblige à repenser régulièrement les approches, sous peine de voir s’éroder l’efficacité des moyens employés depuis des années.
Transformer l’urgence en mouvement durable
Au-delà des annonces, la cérémonie de Pointe-Noire a surtout cherché à entretenir une dynamique. L’enjeu, pour les autorités sanitaires, consiste à maintenir la mobilisation au-delà d’une seule journée symbolique.
La cohérence du message tient dans cette articulation entre engagement politique, expertise technique et implication des habitants. C’est de cette convergence que pourrait dépendre, dans les années à venir, l’inflexion d’une courbe qui reste aujourd’hui défavorable.
Pour les familles congolaises confrontées chaque saison à la maladie, ces orientations resteront jugées à l’aune des résultats concrets. La promesse d’agir maintenant n’aura de valeur que si elle se traduit, sur le terrain, par moins de cas et moins de deuils.
