Les deux Congo veulent passer des intentions aux actes. En marge des assemblées annuelles de la Banque africaine de développement (BAD), tenues à Brazzaville le 26 mai, Brazzaville et Kinshasa ont réaffirmé leur volonté d’accélérer la construction du pont route-rail reliant leurs deux capitales.
Ce vieux projet, longtemps resté à l’état d’ambition, semble désormais entrer dans une phase plus concrète. Les responsables des deux rives du fleuve Congo affichent une détermination renouvelée, portée par un calendrier qui se précise enfin.
Une rencontre au sommet à Brazzaville
C’est dans le sillage des travaux de la BAD que les échanges décisifs ont eu lieu. Jean-Pierre Bemba, vice-Premier ministre et ministre des Transports de la République démocratique du Congo, a été reçu par le président congolais Denis Sassou N’Guesso.
L’entretien, tenu côté Brazzaville, a permis aux deux parties de réitérer leur engagement commun. Au-delà des symboles, il s’agissait de réaffirmer que le dossier figure bien parmi les priorités partagées par les deux États voisins.
La tenue des assemblées de la BAD dans la capitale congolaise a offert un cadre favorable à ces discussions. Le rendez-vous a réuni de nombreux décideurs du continent, donnant au projet une visibilité diplomatique et financière appréciable.
Un calendrier enfin annoncé
Le signal le plus attendu est venu de John Banza Lunda, ministre d’État aux Infrastructures de la RDC. « D’ici à la fin de l’année, les travaux vont commencer », a-t-il déclaré, fixant ainsi un horizon précis à un chantier maintes fois évoqué.
Cette promesse engage les deux gouvernements sur un délai court. Reste à transformer l’annonce en réalité de terrain, étape souvent plus délicate que les déclarations d’intention dans ce type d’infrastructure transfrontalière.
Le franchissement du fleuve Congo entre Brazzaville et Kinshasa repose aujourd’hui presque exclusivement sur le bac et les embarcations. Un ouvrage fixe combinant route et rail changerait profondément la donne pour les voyageurs comme pour les marchandises.
Un enjeu commercial et humain majeur
L’ambition affichée dépasse la seule prouesse technique. Le pont vise à dynamiser les échanges commerciaux et la circulation des personnes entre les deux capitales, parmi les plus rapprochées au monde mais séparées par un fleuve large et exigeant.
Pour les populations des deux rives, l’enjeu est quotidien. Étudiants, commerçants et travailleurs effectuent régulièrement la traversée, dans des conditions parfois coûteuses et incertaines. Une liaison terrestre fluide réduirait ces contraintes.
Sur le plan économique, l’infrastructure pourrait fluidifier les flux régionaux et renforcer l’intégration entre les deux pays. Les autorités y voient un levier de développement, capable de stimuler le commerce intra-africain au cœur du bassin du Congo.
Le cadre fiscal et douanier déjà posé
La dimension réglementaire avance elle aussi. Un accord bilatéral portant sur le régime fiscal et douanier applicable au projet a été récemment signé par les deux parties, constituant une étape clé dans la réalisation du chantier.
Ce type d’accord est généralement déterminant pour les ouvrages transfrontaliers. En clarifiant les règles fiscales et douanières en amont, les deux Congo cherchent à sécuriser le montage du projet et à éviter les blocages administratifs ultérieurs.
La signature de ce texte témoigne d’une volonté de méthode. Plutôt que de se limiter aux effets d’annonce, Brazzaville et Kinshasa semblent vouloir bâtir progressivement les fondations juridiques nécessaires au lancement effectif des travaux.
Ce qu’il faudra surveiller
Le calendrier annoncé sera scruté de près. La date de la fin d’année, avancée par le ministre congolais des Infrastructures de la RDC, servira de premier test de crédibilité pour un projet aux multiples reports passés.
Restent encore des inconnues, notamment sur le financement détaillé et le rythme exact d’exécution. Mais la convergence affichée au plus haut niveau, conjuguée à l’accord fiscal et douanier, donne au dossier une dynamique qu’il n’avait pas connue jusqu’ici.
Si l’engagement pris à Brazzaville se concrétise, le pont route-rail pourrait devenir l’un des symboles les plus forts du rapprochement entre les deux Congo. Les prochains mois diront si la promesse résiste à l’épreuve des chantiers.
