Un rappel à l’ordre venu du gendarme des télécoms
Le 8 avril, l’Agence de régulation des postes et des communications électroniques (ARPCE) a haussé le ton. Elle a notifié une mise en demeure aux deux poids lourds de la téléphonie mobile congolaise, MTN Congo et Airtel Congo.
La décision n’arrive pas par hasard. Elle clôt une longue campagne de contrôle technique menée sur le terrain, loin des grands centres urbains, dans des zones où la couverture mobile reste souvent un sujet de plaintes quotidiennes pour les abonnés.
Vingt localités passées au crible en février
Du 6 au 23 février 2026, les équipes de la Direction des réseaux et services de communications électroniques (DRSCE) ont sillonné l’intérieur du pays. Vingt localités ont été visitées, méthodiquement, pour mesurer la réalité du signal.
Le périmètre couvert est large. Les contrôleurs sont passés par le Kouilou, le Niari, la Bouenza, les Plateaux, la Sangha et jusqu’à la Likouala. Autant de départements où la distance et la géographie compliquent parfois le déploiement des antennes.
Cette opération de « drive test » consiste à parcourir le territoire en mesurant le réseau en conditions réelles. Une approche qui colle au vécu des usagers, bien plus parlante qu’un relevé effectué depuis un bureau de la capitale.
Voix et internet examinés sur toutes les technologies
Les tests n’ont épargné aucun usage courant. Ils ont porté à la fois sur les appels vocaux et sur la navigation internet, ces deux fonctions devenues indispensables pour étudiants, commerçants et navetteurs.
Toutes les générations de réseau étaient concernées. La 2G, la 3G et la 4G ont été évaluées tour à tour, afin de dresser un état des lieux complet de ce que reçoivent réellement les abonnés selon leur appareil et leur position.
Cette granularité compte. Dans bien des localités de l’intérieur, la 4G demeure inégale et les usagers basculent fréquemment sur des technologies plus anciennes, avec les lenteurs que cela suppose pour le moindre échange.
Les indicateurs qui font la différence
Pour juger la prestation des opérateurs, l’ARPCE s’est appuyée sur plusieurs critères techniques précis. Le taux d’établissement des appels figurait en tête, car un appel qui n’aboutit pas reste la frustration la plus immédiate.
La qualité sonore a également été mesurée, tout comme le temps de connexion nécessaire pour accéder au réseau. Des paramètres discrets, mais déterminants dans l’expérience ressentie au bout du fil.
Côté données, le débit internet a été scruté avec attention. S’y est ajoutée la continuité du signal lors des déplacements, un point sensible pour quiconque téléphone ou navigue en voiture, en bus ou sur les axes routiers.
Une réunion de restitution sans concession
Les résultats n’ont pas été conservés sous le coude. Une réunion de restitution a réuni le régulateur et les représentants des deux opérateurs, dans un cadre formel destiné à confronter chiffres et explications.
Les échanges ont été conduits par Benjamin Mouandza, directeur de la DRSCE. Sa présence à la tête des discussions souligne le caractère institutionnel de la démarche, et la volonté de l’agence d’assumer publiquement ses constats.
C’est à l’issue de cette séance que la sanction administrative a pris forme. La mise en demeure découle directement des insuffisances relevées sur le terrain, et non d’une appréciation théorique des engagements contractuels.
Six mois pour corriger le tir
Le document remis aux deux entreprises fixe un cadre clair. MTN Congo et Airtel Congo disposent d’un délai de six mois pour remédier aux manquements constatés en matière de couverture et de qualité de service.
Ce compte à rebours place les opérateurs face à leurs responsabilités. Il leur revient désormais d’investir, de densifier leurs infrastructures ou d’optimiser l’existant, là où les mesures ont révélé des faiblesses concrètes.
L’enjeu dépasse la seule conformité réglementaire. Dans les départements concernés, la qualité du réseau conditionne l’accès aux services bancaires mobiles, aux démarches en ligne et au simple maintien du lien familial entre les villes et la diaspora.
Un signal envoyé au secteur
En agissant ainsi, l’ARPCE rappelle que la licence d’exploitation s’accompagne d’obligations vérifiables. Le marché congolais de la téléphonie, largement partagé entre ces deux acteurs, n’échappe pas à ce contrôle de proximité.
Reste à observer la réponse des opérateurs dans les mois à venir. Les abonnés de l’intérieur, eux, jugeront sur pièces : la prochaine campagne de mesures dira si les promesses se sont traduites en barres de réseau supplémentaires.
