Brazzaville scelle sa nouvelle feuille de route sanitaire
Le Grand Hôtel de Kintélé a vibré, le 5 décembre 2025, au rythme d’une ambition commune : lancer officiellement la Stratégie de Coopération pays 2025-2028 liant le Congo à l’Organisation mondiale de la Santé. Le programme, pensé pour trois ans, place résolument la population au centre.
Autour du Ministre de la Santé et de la Population, le Professeur Jean-Rosaire Ibara, se tenaient son homologue de la Défense nationale, Charles Richard Mondjo, le Représentant résident de l’OMS, Dr Vincent Dossou Sodjinou, ainsi que des représentants onusiens, diplomates, chefs d’entreprises et organisations de la société civile.
Trois séquences ont rythmé la matinée : cérémonie d’ouverture, présentation des priorités, puis débats sur la mise en œuvre avant la signature d’une bannière d’engagement. L’objectif partagé est clair : garantir, au « kilomètre zéro », des soins essentiels de qualité accessibles à chaque citoyen.
Un lancement sous haute présence gouvernementale
En ouvrant les travaux, le Pr Ibara a souligné le caractère à la fois politique et opérationnel de la stratégie. « Nous inscrivons notre action dans la continuité de la vision de Son Excellence le Président de la République : la santé pour tous », a-t-il déclaré, chaleureusement applaudi.
Il a rappelé les acquis récents : ripostes rapides au choléra, à Mpox et à la rougeole, amélioration du programme élargi de vaccination, distribution massive de moustiquaires imprégnées et ouverture de l’Institut national de biologie et de veille sanitaire de Pointe-Noire, sans oublier deux hôpitaux généraux flambant neufs.
Pour le Ministre de la Défense nationale, Charles Richard Mondjo, la dimension sécuritaire est indissociable. « Une armée forte dépend de populations en bonne santé », a-t-il observé, mettant en avant la complémentarité des ministères afin de protéger le pays des menaces sanitaires régionales et internationales.
Cinq axes prioritaires alignés sur les ODD
Fruit de consultations avec 14 ministères, partenaires techniques, ONG et secteur privé, le document identifie cinq axes : renforcement des soins de santé primaires, protection contre les urgences, lutte contre les maladies transmissibles et non transmissibles, santé de la mère et de l’enfant, gouvernance et financement durables.
Chaque axe est assorti d’indicateurs mesurables pour guider l’action publique d’ici 2028. Les cibles s’alignent sur le 14ᵉ Programme général de travail de l’OMS et sur les Objectifs de développement durable, consolidant la place du Congo parmi les pays engagés pour la couverture sanitaire universelle.
Dr Vincent Dossou Sodjinou a insisté sur la rigueur du suivi. Selon lui, « chaque franc mobilisé devra produire un impact tangible : taux de vaccination, disponibilité des médicaments essentiels ou réactivité devant un foyer épidémique ». La transparence des données constituera un pilier de responsabilité partagée.
Des avancées déjà visibles sur le terrain
La stratégie n’arrive pas en terrain vierge. Depuis deux ans, la mortalité maternelle a reculé de 12 % selon les estimations ministérielles, tandis que la surveillance intégrée des maladies a détecté plus précocement les flambées de rougeole dans les départements du Niari et de la Sangha.
L’ouverture de l’Institut national de biologie et de veille sanitaire de Pointe-Noire renforce la capacité de diagnostic de haute technologie. Désormais, des analyses auxquelles il fallait jadis expédier des échantillons à l’étranger sont réalisées en 24 heures, raccourcissant la prise de décision thérapeutique.
Sur le front de la prévention, la dernière campagne de lutte antivectorielle a distribué plus de trois millions de moustiquaires imprégnées. Les enquêtes de démoustication montrent déjà une baisse sensible des foyers larvaires dans les arrondissements sud de Brazzaville, première zone test du dispositif.
Un partenariat multisectoriel décisif
Les panelistes ont rappelé que la santé ne dépend pas seulement des hôpitaux. Qualité de l’air, urbanisme, nutrition scolaire ou connectivité numérique influencent directement les indicateurs. D’où la présence, autour de la table, de responsables des Finances, de l’Environnement, des Télécoms et même du secteur bancaire.
La mobilisation locale des ressources figure d’ailleurs parmi les leviers clefs. Plusieurs entreprises majeures de Pointe-Noire ont annoncé, en marge du lancement, la mise en place de fonds dédiés à la santé communautaire, axés sur la prévention des accidents du travail et la promotion du bien-être du personnel.
Les collectivités territoriales veulent également jouer leur rôle. Le maire de Dolisie a plaidé pour un mécanisme de péréquation afin d’adapter les financements au poids démographique de chaque commune. Une proposition accueillie favorablement par les partenaires techniques, soucieux de renforcer la gouvernance de proximité.
Vers une couverture sanitaire universelle consolidée
En clôturant la session, Dr Dossou Sodjinou a remis au Ministre une tablette répertoriant les indicateurs clés, actualisés en temps réel. Ce geste symbolise l’approche data-driven que souhaite l’OMS : suivre, corriger, puis accélérer les interventions, afin que nul ne reste en marge.
Le Gouvernement, de son côté, promet d’accélérer la mise en place du financement basé sur les résultats, déjà pilote dans trois départements. La perspective est de récompenser les centres performants et d’appuyer ceux nécessitant un accompagnement, dans une logique d’équité territoriale.
