À Brazzaville, le premier Conseil des ministres tenu le 6 mai a donné le ton. Le président Denis Sassou N’Guesso y a dressé la liste des chantiers jugés urgents pour le pays. En tête de ces priorités, un mot revient désormais comme un mantra gouvernemental : le numérique.
Une task force pour arracher l’administration au papier
Le chef de l’État a demandé la création d’une « task force » chargée de mener rapidement la transformation numérique des administrations. L’objectif affiché est clair : sortir les services publics congolais de la lenteur héritée des procédures manuelles, encore omniprésentes dans les guichets du quotidien.
La cellule devra agir vite, sans attendre les calendriers habituels. Cette formule de cellule resserrée traduit une volonté de résultats rapides, là où les grandes réformes administratives s’enlisent souvent dans les circuits classiques de la fonction publique.
Les régies financières en première ligne
Toutes les administrations ne seront pas logées à la même enseigne. Le président a réclamé une attention particulière pour les organismes chargés de la perception des revenus fiscaux. Derrière ce ciblage se devine un enjeu budgétaire évident pour un État qui cherche à mieux capter ses recettes.
Numériser la collecte de l’impôt, c’est réduire les pertes, limiter les circuits informels et fiabiliser les rentrées d’argent. Le signal envoyé aux régies financières est celui d’une modernisation attendue, à la fois technique et politique, dans un secteur sensible.
Le rail et les routes pour relier le pays
La feuille de route présidentielle ne s’arrête pas aux écrans. Le chef de l’État a insisté sur la réhabilitation du Chemin de fer Congo Océan, artère historique de l’économie congolaise. Sa remise en état conditionne le transport des marchandises comme la mobilité des populations.
À cette ambition ferroviaire s’ajoute l’amélioration des infrastructures routières reliant le Congo à ses voisins. L’idée est d’inscrire le pays dans les échanges régionaux, en facilitant la circulation des biens et des personnes au-delà des seules frontières nationales.
Électricité : la ligne stratégique Pointe-Noire–Brazzaville
L’énergie figure aussi parmi les dossiers prioritaires. Le président a appelé à renforcer l’approvisionnement en électricité par la modernisation de la ligne très haute tension reliant Pointe-Noire à Brazzaville. Cet axe relie les deux principales métropoles du pays.
Sécuriser cette colonne vertébrale électrique, c’est viser une distribution plus stable entre la capitale économique et la capitale politique. Pour les ménages comme pour les entreprises, la fiabilité du courant reste une condition de base du développement quotidien.
L’eau potable comme urgence sociale
L’accès à l’eau potable a été présenté comme une autre urgence majeure. Le chef de l’État a évoqué l’exécution du plan Mattei pour l’Afrique et la rénovation des installations hydrauliques rurales, deux leviers censés améliorer concrètement le quotidien des habitants.
Cette mention conjointe du numérique et de l’eau dit beaucoup de l’équilibre recherché. Le gouvernement entend afficher une modernisation technologique sans négliger les besoins essentiels des zones rurales, souvent les plus éloignées des services de base.
Un appel à la « détermination » gouvernementale
Au-delà des chantiers, le président a adressé une consigne de méthode à son équipe. Il a exhorté le gouvernement à manifester une « détermination » collective tournée vers la satisfaction des attentes populaires. La formule sonne comme un rappel à l’ordre autant qu’un mot d’ordre.
Denis Sassou N’Guesso a rappelé que les citoyens ont accompli leur devoir en accordant leur confiance aux autorités. En retour, il attend des ministres des résultats tangibles. La balle, désormais, est dans le camp d’un exécutif sommé de transformer les annonces en réalisations.
Reste à savoir comment cette task force numérique trouvera sa place parmi des urgences aussi lourdes que le rail, l’électricité ou l’eau. Le premier Conseil des ministres a posé le cap. Les prochains mois diront si la digitalisation tient ses promesses face aux pesanteurs administratives.
