Pointe-Noire mise sur un terminal à conteneurs de nouvelle génération
La République du Congo accélère sur le terrain portuaire. Le 7 mai, à Brazzaville, trois contrats ont été paraphés avec AD Ports Group, opérateur des Émirats arabes unis, pour donner corps au futur terminal Noatum Ports de Pointe-Noire.
Ces signatures couvrent la conception, la construction puis l’équipement de l’ouvrage. Elles scellent un partenariat noué entre l’État congolais et un acteur émirati déjà aguerri à la gestion d’infrastructures maritimes complexes sur plusieurs continents.
Un investissement de plus de 236 millions de dollars
L’enveloppe globale dépasse les 236 millions de dollars. Elle se répartit entre deux volets distincts, chacun confié à des groupements aux profils techniques bien identifiés, dans une logique de spécialisation des tâches sur le chantier.
Les travaux proprement dits, estimés à environ 150 millions de dollars, reviennent au groupement formé par MAR Contracting Sarlu et MBTP SA JV. Ce duo prendra en charge le génie civil et l’aménagement structurel du site portuaire.
Un troisième contrat, d’un montant proche de 50 millions de dollars, concerne la fourniture des équipements. Il a été attribué à Shanghai Zhenhua Heavy Industries, fabricant chinois réputé pour ses installations de manutention destinées aux grands ports du monde entier.
Un quai taillé pour les géants des mers
Sur le plan technique, l’ambition est nette. Le terminal à conteneurs affichera un quai de 420 mètres de long et de 16 mètres de profondeur, des dimensions pensées pour accueillir des navires de classe Patagonia, parmi les plus imposants en circulation.
À cette façade maritime s’ajoutera une vaste zone logistique. Étendue sur 100 000 mètres carrés, elle servira de plateforme de stockage et de tri, maillon indispensable pour fluidifier les flux entre le quai et l’arrière-pays congolais.
Le calendrier reste serré mais réaliste. Les responsables tablent sur un chantier d’environ deux ans, avec une mise en exploitation programmée pour le quatrième trimestre 2028, sous réserve du bon déroulement des différentes phases de réalisation.
Jusqu’à 9 000 emplois espérés autour du chantier
L’argument social pèse lourd dans la communication officielle. Le projet devrait générer jusqu’à 9 000 emplois directs et indirects, un chiffre que les autorités congolaises mettent volontiers en avant pour illustrer les retombées attendues.
Dans le détail, la phase de construction mobiliserait quelque 800 travailleurs. Une fois le terminal opérationnel, l’exploitation reposerait sur 400 postes permanents, auxquels s’ajoute tout un écosystème d’activités connexes nourri par le trafic portuaire.
Des grues hybrides pour alléger l’empreinte carbone
Le volet environnemental n’a pas été négligé. Les grues hybrides RTG retenues pour la manutention permettraient de réduire la consommation de diesel d’environ 60 %, une économie sensible à l’échelle d’une installation de cette taille.
Concrètement, cela représenterait près d’un million de litres de carburant épargnés chaque année. La baisse des émissions de CO2 atteindrait, selon les estimations communiquées, quelque 5 000 tonnes annuelles, signe d’une attention portée à la sobriété énergétique.
Pointe-Noire, futur hub maritime d’Afrique centrale
Au-delà des chiffres, le terminal s’inscrit dans une stratégie de plus longue haleine. Il participe du plan de diversification économique du Congo-Brazzaville, qui cherche à réduire sa dépendance aux seules ressources d’hydrocarbures en misant sur la logistique.
Pointe-Noire, déjà principale porte d’entrée maritime du pays, ambitionne ainsi de s’imposer comme un hub de référence en Afrique centrale et de l’Ouest. La connectivité régionale figure clairement au cœur de cette équation portuaire.
Cette montée en gamme dialogue directement avec la zone de libre-échange continentale africaine. En renforçant ses capacités de transbordement, le Congo espère capter une part accrue des échanges qui transitent par le golfe de Guinée et ses environs.
Un pari sur l’attractivité régionale
Reste à transformer l’essai. Entre la signature des contrats et l’entrée en service prévue fin 2028, le pays devra tenir le calendrier, sécuriser les financements et coordonner des intervenants venus d’horizons très divers, congolais, émiratis et chinois.
Si les délais sont respectés, Pointe-Noire pourrait disposer d’un outil portuaire moderne, capable de rivaliser avec les plateformes voisines. Le défi consistera ensuite à attirer durablement les armateurs et à fidéliser le trafic dans une région où la concurrence s’intensifie.
Pour l’heure, ces accords marquent une étape concrète. Ils traduisent la volonté affichée des autorités de doter le littoral congolais d’infrastructures à la hauteur des ambitions commerciales d’un pays en quête de nouveaux relais de croissance économique.
