La Haute Autorité de lutte contre la corruption a ouvert, le 9 juillet, les festivités de la 10e Journée africaine de lutte contre la corruption. Un rendez-vous continental, célébré le 11 juillet, que le Congo veut transformer en électrochoc citoyen.
En ouvrant ces activités, la HALC rappelle que ce combat dépasse une seule institution. Il engage l’administration, les entreprises, les écoles et les hôpitaux, autant de lieux où se nouent, au fil des jours, de petits arrangements devenus habitudes.
Trois villes pour porter le message anticorruption
Lancées à Brazzaville les 9 et 10 juillet, les activités gagnent Pointe-Noire du 11 au 15 juillet. Ouesso fermera le ban du 21 au 24 juillet. Trois étapes pour irriguer le territoire d’un même mot d’ordre.
La date du 11 juillet n’a rien d’anodin. Elle commémore l’adoption de la Convention de l’Union africaine contre la corruption. Cette année, le continent avance sous un thème commun : intensifier la promotion de l’intégrité et la lutte contre la corruption.
Un numéro vert pour libérer la parole
Devant l’ampleur du phénomène, Emmanuel Ollita Ondongo, président de la HALC, a lancé un appel direct aux citoyens. Il les invite à signaler chaque dérive via le numéro vert 10.23, désormais présenté comme l’outil central du dispositif.
Son message se veut sans détour. Il exhorte les Congolais à ne jamais verser de pot-de-vin, « même quand cela semble être la solution la plus rapide ». Une manière de responsabiliser chacun, du guichet administratif au marché public.
Le choix d’un canal unique répond à une réalité tenace. Nombre de victimes renoncent, faute de savoir vers qui se tourner. Le 10.23, numéro vert et donc gratuit, veut abaisser ce seuil et encourager celles et ceux qui hésitent encore.
Ollita Ondongo : « la corruption n’épargne personne »
Le responsable dresse un constat sévère. « La corruption se vit au quotidien, dans le bureau où l’on vous exige les pots de vin », a-t-il déclaré. Selon lui, « elle n’épargne personne mais elle frappe durement les plus vulnérables ».
Il détaille des scènes familières : démarches administratives accélérées contre paiement, marchés publics opaques, notes achetées à l’école, accès aux soins conditionné à des versements informels. Autant de pratiques qui, dit-il, « affaiblissent notre État » et détournent des ressources précieuses.
Ce panorama, l’autorité l’assume sans fard. Il dessine une corruption « ordinaire », enkystée dans les gestes les plus banals, et non un simple problème de sommet réservé aux grandes affaires financières.
Derrière le mot d’ordre, l’autorité insiste sur le coût collectif. Chaque acte, martèle son président, détourne des ressources qui devraient financer routes, écoles et centres de santé. La corruption, dans cette lecture, creuse mécaniquement les inégalités sociales.
Cinq chantiers pour restaurer l’intégrité
Face à ce diagnostic, l’exécutif affiche cinq priorités. La première vise à renforcer les institutions anticorruption en leur allouant des ressources adéquates. La deuxième mise sur la digitalisation des services publics, pour réduire les contacts directs propices aux arrangements.
La numérisation occupe une place centrale dans la riposte. En dématérialisant les procédures, la HALC espère limiter les occasions de contact entre usagers et agents, souvent propices aux sollicitations. Moins de guichets physiques, promet-elle, c’est moins de portes ouvertes aux pressions.
Troisième levier, la transparence des marchés publics, longtemps pointés comme zone grise. Quatrième, la protection effective des lanceurs d’alerte contre d’éventuelles représailles. Sans cette garantie, rappelle l’autorité, rares sont ceux qui osent signaler ce qu’ils constatent.
Le cinquième axe, plus culturel, entend enseigner l’intégrité dès l’école. Les clubs annoncés à Ouesso misent sur le temps long : bâtir une génération pour qui refuser un pot-de-vin relèvera de l’évidence, non du courage.
Le FMI en appui, l’intégrité comme horizon
La HALC ne s’arrête pas aux discours. Avec le soutien du Fonds monétaire international, elle relancera prochainement une opération de déclaration des conflits d’intérêts. Le gouvernement réaffirme aussi son attachement à la déclaration obligatoire de patrimoine des dirigeants.
Cette opération doit justement traduire l’engagement en actes. Croisée avec la déclaration de patrimoine des dirigeants, elle vise à rendre visibles les situations où intérêt privé et fonction publique pourraient se confondre, au détriment de l’intérêt général.
Reste que la portée de cette 10e édition se mesurera aux suites données. Opération sur les conflits d’intérêts, déclarations de patrimoine, clubs d’intégrité : les instruments existent. Leur efficacité dépendra de la constance de l’exécutif, une fois les projecteurs de juillet éteints.
Reste l’épreuve des faits. Ollita Ondongo l’a rappelé, il faut désormais transformer les paroles en actions concrètes. Entre engagements renouvelés et outils déjà disponibles, cette édition joue moins la commémoration que la mise à l’épreuve d’une volonté affichée.
