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    Économie

    Afreximbank : Moody’s souffle le froid, l’Afrique recalcule ses priorités

    Publié par Jean Dupont03/07/2025
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    Une dégradation qui dépasse l’écume des chiffres

    Le 1er juillet 2025, Moody’s Investors Service a annoncé le déclassement de la notation de crédit à long terme d’Afreximbank, la faisant passer de Baa1 à Baa2 avec perspective désormais stable (Moody’s, 1er juillet 2025). L’agence justifie sa décision par une performance des actifs jugée inférieure aux anticipations, par l’augmentation de l’exposition aux États financièrement fragiles et par la contraction, tout aussi préoccupante, des sources de financement de l’institution. Si cette demi-marche en arrière semble modeste dans l’échelle graduée des notations, elle n’en demeure pas moins lourde de signification pour une banque qui se définit comme pilier du commerce intra-africain depuis trois décennies.

    Au-delà du signal adressé aux marchés, la révision cristallise le dilemme fondamental auquel est confrontée Afreximbank : épouser la complexité d’un continent en quête de liquidités rapides pour soutenir la relance post-pandémique sans se départir des exigences prudentielles qui justifient son accès privilégié à la liquidité internationale.

    Le virage stratégique vers les prêts souverains non garantis

    Historiquement cantonnée au financement du commerce, Afreximbank a, ces dernières années, intensifié sa présence sur le segment des prêts souverains non garantis. En accordant des lignes de crédit substantielles au Ghana, à la Zambie ou au Malawi, l’institution a voulu empêcher une rupture brutale des chaînes d’import-export, gage des équilibres macroéconomiques africains. Dans des entretiens récents, des responsables de la banque font valoir que « laisser se tarir la liquidité dans un pays voisin, c’est mettre en danger l’ensemble du corridor logistique régional ».

    Cette évolution, tout en répondant à un impératif de solidarité panafricaine, modifie profondément le profil de risque du portefeuille. Moody’s estime que la part des expositions notées à haut risque a presque doublé sur trois ans. L’agence souligne que la démarche, si elle s’inscrit dans l’esprit de la Zone de libre-échange continentale africaine, rend la banque plus vulnérable à la cyclicité des finances publiques africaines.

    Risques de contagion et statut de créancier privilégié

    Le débat se cristallise autour du Cadre commun du G20, dispositif qui promeut un traitement équitable entre créanciers lors des restructurations souveraines. Concrètement, les prêts d’Afreximbank pourraient être renégociés dans les mêmes conditions que ceux d’investisseurs commerciaux, ce qui fragiliserait le statut quasi multilatéral que la banque revendique depuis sa création en 1993.

    Pour l’institution, la clarification de ce statut revêt une importance stratégique. Un juriste proche du dossier rappelle que « l’histoire du FMI a montré qu’un créancier dit privilégié peut traverser les tempêtes s’il garde la confiance des autres bailleurs ». Reste à savoir si les partenaires du Nord, souvent peu prompts à distinguer les nuances au sein des créanciers publics, accepteront de reconnaître à Afreximbank une immunité qui n’est pas expressément inscrite dans les textes.

    La question cruciale du refinancement dans un marché volatil

    Moody’s note également une réduction notable des lignes de financement à bas coût, qu’elles soient bilatérales, syndiquées ou issues d’émissions obligataires de grande ampleur. Certes, la banque a placé avec succès une obligation Samurai de 520 millions de dollars à Tokyo fin 2024 et une obligation Panda de 303 millions de dollars à Pékin début 2025, mais ces montants demeurent modestes au regard d’un plan de financement annuel qui excède les six milliards de dollars.

    Dans un environnement marqué par la remontée des taux américains et la raréfaction de la liquidité en devises fortes, chaque point de base économisé est précieux. Des analystes de Johannesburg estiment toutefois que la structure de gouvernance – où siègent de grands actionnaires tels que la République du Congo, le Nigeria ou l’Égypte – demeure un atout pour négocier des facilités auprès de banques de développement régionales. Autrement dit, Afreximbank conserve encore des marges, à condition de démontrer sa capacité à maîtriser son appétit pour le risque.

    Entre critiques occidentales et solidarité panafricaine

    La brusque révision de Moody’s a suscité un chœur de réactions contrastées. D’un côté, certains investisseurs internationaux saluent la vigilance accrue sur les risques de crédit. De l’autre, plusieurs capitales africaines dénoncent une appréciation jugée « myope » de la dynamique continentale. Un diplomate congolais note que « les agences de notation n’intègrent pas toujours le potentiel de croissance lié à la ZLECAf ».

    Cette divergence illustre le clivage persistant entre une grille d’analyse axée sur les métriques traditionnelles et une vision africaine davantage attachée à l’impact développemental. L’Union africaine a, pour sa part, réaffirmé son soutien à Afreximbank, rappelant que la banque a mobilisé plus de 60 milliards de dollars depuis 2020 pour atténuer les chocs liés à la pandémie et à la volatilité des prix des matières premières.

    Quel cap pour la banque du commerce africain ?

    Confrontée à un test de crédibilité, Afreximbank doit concilier une double injonction : rester la cheville ouvrière du commerce intra-africain tout en préservant l’intégrité de son bilan. Les discussions internes portent déjà sur un ajustement du mix d’activités, avec un retour partiel vers des facilités de confirmation de lettres de crédit, jugées moins consommatrices de capital, et une intensification des garanties de paiement destinées aux PME régionales.

    En filigrane, la trajectoire de la banque reflète l’évolution d’un continent qui ne cesse de rechercher des solutions endogènes aux défis de financement. Si la dégradation de Moody’s rappelle la vigilance des marchés, elle sert aussi de catalyseur : bâtir des mécanismes régionaux plus robustes, renforcer la discipline budgétaire et accroître la transparence des engagements souverains. Autant d’objectifs qui, une fois atteints, devraient offrir à Afreximbank les fondations nécessaires pour retrouver – voire surpasser – son ancien standing.

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