Le 5 juin, à Brazzaville, le président de l’Alliance pour la République et la démocratie (ARD), Mathias Dzon, a convoqué la presse. Devant les journalistes, l’opposant a déroulé un réquisitoire serré contre plusieurs choix du gouvernement congolais.
Une « galère extrême » au cœur du discours de l’ARD
D’entrée, l’ancien ministre des Finances a planté le décor du quotidien. Il évoque une « galère extrême » qui pèse, selon lui, sur les Congolais, et dont les contours débordent largement la seule sphère politique.
Pénuries d’eau, coupures d’électricité, files d’attente devant les stations-service : Dzon a égrené ces manques avec insistance. À cela s’ajoutent, dit-il, une baisse du pouvoir d’achat et une flambée des prix alimentaires qui rognent les budgets des ménages.
Le tableau dressé ne s’arrête pas là. Le responsable de l’ARD a aussi pointé une « explosion de la morbidité et de la mortalité », ainsi que des violences politiques. Autant de signaux qu’il relie à une gouvernance qu’il juge défaillante.
Dette publique à 99 % du PIB : le chiffre qui inquiète
Le cœur de la conférence portait sur les finances de l’État. Fort de son passé au ministère des Finances, Mathias Dzon a concentré ses critiques sur les émissions obligataires internationales contractées par le pays.
Selon lui, la dette publique congolaise atteindrait 8 500 milliards de francs CFA en 2024. Un volume qui représenterait près de 99 % du produit intérieur brut, niveau qu’il présente comme particulièrement préoccupant pour l’avenir.
Au-delà du montant, l’opposant a tenu à introduire une nuance. Il distingue ce qu’il nomme la « bonne dette », adossée à des investissements utiles, de la « mauvaise dette », qui financerait des dépenses improductives sans retour pour la collectivité.
Cette grille de lecture, qu’un ancien argentier de l’État maîtrise, vise à déplacer le débat. La question n’est pas seulement de savoir combien le Congo-Brazzaville emprunte, mais à quoi servent réellement les sommes engagées par la puissance publique.
Passeports congolais : une « marchandise rarissime », selon Dzon
Le chef de l’ARD a ensuite déplacé son attention vers un sujet plus concret du quotidien administratif. La délivrance des passeports a nourri l’une de ses charges les plus directes contre certains responsables.
Mathias Dzon affirme que des acteurs au sein de l’appareil d’État « ont transformé le passeport congolais en une marchandise rarissime qu’ils vendent à prix d’or ». La formule, frappante, met en cause selon lui des pratiques autour d’un document pourtant essentiel.
Pour un citoyen souhaitant voyager, étudier ou travailler à l’étranger, l’accès au passeport conditionne tout. En pointant cette rareté entretenue, l’opposant entend dénoncer ce qu’il décrit comme une rente prélevée sur un service public de base.
Suppression des visas en 2027 : l’opposition de l’ARD
Dernier front ouvert lors de cette conférence : la politique migratoire à l’échelle continentale. L’ARD a clairement marqué son désaccord avec une décision annoncée par les autorités pour le 1er janvier 2027.
Il s’agit de l’abolition des visas pour les ressortissants africains souhaitant entrer au Congo-Brazzaville. Présentée ailleurs comme un geste d’ouverture panafricaine, cette mesure suscite chez Mathias Dzon une franche réticence.
Selon le président de l’ARD, une telle suppression « porte une grave atteinte à la souveraineté nationale, à la sécurité publique ». Pour lui, l’enjeu dépasse la seule facilitation des déplacements entre pays voisins du continent.
L’argument déplace le curseur vers le contrôle des frontières. En liant la question des visas à la sécurité intérieure, l’opposant inscrit son refus dans une lecture où la maîtrise des entrées reste un attribut central de l’État.
Un réquisitoire qui ratisse large
Au fil de l’intervention, un fil conducteur se dessine. De la dette aux passeports, en passant par les visas, Mathias Dzon construit une critique d’ensemble de la gestion publique au Congo-Brazzaville.
Chacun de ces dossiers touche directement la vie des habitants. Le coût de l’endettement pèse sur les marges budgétaires de l’État, tandis que la difficulté à obtenir un passeport ou les arbitrages migratoires concernent des familles entières.
L’ARD n’a pas, lors de cette sortie, présenté de programme alternatif détaillé. Sa démarche relève d’abord de l’interpellation, adressée autant au pouvoir qu’à une opinion publique invitée à mesurer l’ampleur des griefs avancés.
Reste que ces prises de position situent clairement la formation de Mathias Dzon dans le paysage de l’opposition. À mesure que l’échéance de 2027 se rapproche, ces sujets devraient continuer d’alimenter le débat national.
Publié : https://brazza-24.com/dette-a-99-du-pib-lard-de-dzon-sonne-lalarme/ · Catégorie : Politique · Tags : Congo-Brazzaville, Mathias Dzon, ARD, dette publique, visas, Brazzaville · Auteur : Solange Mavoungou (#9) · Image #12595 · 2026-06-06