Le secteur de l’énergie congolais tient désormais sa boussole. Le 5 juin à Brazzaville, le ministre de l’Énergie et de l’Hydraulique, Bruno Jean Richard Itoua, a présenté une feuille de route appelée à servir de socle aux futures lois et politiques nationales.
L’ambition est clairement chiffrée : atteindre 3 000 mégawatts de capacité installée d’ici 2028. Un cap considérable au regard de la situation actuelle du réseau, qui peine à répondre aux besoins quotidiens des ménages et des entreprises.
Un déficit électrique que le ministre qualifie de colossal
Le constat dressé est sans détour. La puissance installée plafonne à 700 MW, mais seuls 500 MW sont réellement disponibles. Face à une demande estimée à 3 000 MW, l’écart se creuse jusqu’à devenir critique pour l’activité économique.
« Pour 500 mégawatts de disponibilité, on a un déficit colossal », a résumé Bruno Itoua, posant ainsi le diagnostic qui justifie l’urgence de la réforme. Le mot, choisi par le ministre lui-même, donne la mesure du retard à combler.
Ce décalage entre puissance théorique et électricité effectivement distribuée illustre une difficulté connue des usagers congolais. Coupures, baisses de tension et raccordements incomplets pèsent sur le quotidien comme sur la compétitivité des acteurs économiques du pays.
Trois échéances pour redessiner la production nationale
La trajectoire dessinée par le ministère s’étale sur près de deux décennies. Après les 3 000 MW visés pour 2028, l’objectif grimpe à 5 000 MW à l’horizon 2030, puis à 10 000 MW en 2040. Une montée en puissance progressive et assumée.
Pour combler le déficit à court terme, deux leviers sont mis en avant. L’énergie solaire est créditée d’un potentiel de 2 500 MW, tandis que le gaz pourrait apporter une contribution équivalente de 2 500 MW. Un mix qui mise autant sur le renouvelable que sur les ressources fossiles disponibles.
Ce choix traduit une volonté de pragmatisme. Plutôt que de tout miser sur une seule filière, la feuille de route combine plusieurs sources afin de sécuriser l’approvisionnement et d’absorber une demande appelée à croître au fil des années.
Le programme « Eau pour tous » sous le signe de la relance
Au-delà de l’électricité, le volet hydraulique occupe une place de choix dans la stratégie présentée. Le programme « Eau pour tous » ciblait 4 000 villages à travers le pays, avec la promesse d’un accès élargi à la ressource en zones rurales.
Le bilan, lui, invite à la prudence. Sur ce total, 2 500 forages ont été réalisés, mais moins d’une centaine fonctionnent réellement à ce jour. Un écart qui interroge sur la maintenance et le suivi des installations déjà livrées.
Pour redresser la barre, un comité de pilotage sera mis en place. Sa mission : diagnostiquer les causes des dysfonctionnements et relancer un projet dont l’utilité sociale reste entière pour les populations concernées.
Une transition de deux ans avant les grandes réformes
Le ministre a insisté sur le caractère graduel de la démarche. Une phase transitoire d’environ deux ans est jugée nécessaire avant la mise en œuvre complète des réformes, le temps de poser des bases solides.
Cette prudence se comprend dans un secteur qui réclame des investissements structurels profonds. Réseaux, centrales, forages : les chantiers sont nombreux et exigent une coordination étroite entre l’État, les opérateurs et les bailleurs potentiels.
L’enjeu dépasse la seule technique. En faisant de cette feuille de route une « doctrine » destinée à inspirer les textes à venir, le ministère cherche à inscrire l’action publique dans la durée, au-delà des annonces ponctuelles.
Des promesses désormais attendues sur le terrain
Reste la question de l’exécution. Les objectifs affichés tracent une ambition nette pour le Congo-Brazzaville, mais leur crédibilité se jouera dans la capacité à transformer les mégawatts annoncés en courant disponible chez l’habitant.
Le précédent du programme hydraulique rappelle que l’écart entre les réalisations et leur bon fonctionnement peut être large. Les usagers, eux, jugeront moins sur les chiffres présentés que sur la stabilité réelle du réseau au fil des prochaines années.
En attendant, la feuille de route a le mérite de fixer un cap lisible. À Brazzaville comme à Pointe-Noire, l’attente est forte : celle d’une énergie plus abondante et plus fiable, condition d’un développement économique souvent freiné par le manque de courant.
