À Brazzaville, la Journée internationale des droits de la femme a pris cette année une coloration politique. Les Congolaises ont profité du rendez-vous pour formuler, noir sur blanc, ce qu’elles attendent du prochain locataire du palais présidentiel.
Le 8 mars, le Boulevard Alfred-Raoul a accueilli les festivités de cette 116e édition. Au-delà des discours convenus, l’événement a servi de tribune à une parole collective, longuement mûrie et désormais couchée dans un texte commun.
Un pacte social adressé au futur président
Le document porte un intitulé sans détour : « Ensemble pour un pacte social entre les femmes du Congo et leur futur président ». La formule dit l’ambition. Il ne s’agit plus seulement de célébrer, mais de contractualiser une relation avec le pouvoir à venir.
La cérémonie était présidée par Inès Nefer Bertille Ingani Voumbo Yalo, ministre de la Promotion de la femme, de l’Intégration de la femme au développement et de l’Économie informelle. Devant elle, les participantes ont livré un aperçu net de leurs aspirations pour le quinquennat qui s’ouvre.
C’est Yennie Clara Mathurine Ossete Mberi Moukietou qui a porté la voix du collectif. La secrétaire permanente du Conseil consultatif de la femme a présenté le mémorandum, fruit d’un travail patient mené loin de la capitale.
Quatre exigences pour cinq ans
Le contenu tient en quelques axes, mais leur portée est large. Les femmes réclament d’abord davantage de justice sociale et une réelle égalité des chances. Une demande récurrente, ici reformulée avec insistance.
Vient ensuite la responsabilité partagée dans la gouvernance. En clair, une place à la table des décisions, et pas seulement dans les seconds rôles institutionnels que l’on concède d’ordinaire.
Le texte insiste aussi sur l’action concrète et mesurable. Les signataires se méfient des promesses sans suite et veulent des engagements vérifiables, dotés d’indicateurs tangibles plutôt que de bonnes intentions.
Dernier pilier : la redevabilité mutuelle entre l’État et la société civile féminine. Une exigence de transparence à double sens, qui suppose un dialogue suivi et une obligation de rendre des comptes des deux côtés.
Une parole construite sur le terrain
Ces revendications ne sont pas tombées du ciel. Elles découlent d’un recensement méthodique des doléances, mené au plus près des réalités locales, lors de descentes organisées dans les départements du pays.
Cette démarche ascendante donne au document une légitimité particulière. Le mémorandum ne reflète pas la seule sensibilité de la capitale ; il agrège des préoccupations exprimées sur l’ensemble du territoire national, des grandes villes aux zones plus reculées.
En procédant ainsi, le Conseil consultatif de la femme entend parler au nom d’un collectif élargi. La méthode, autant que le texte, semble pensée pour peser dans le débat public à un moment charnière.
Un calendrier électoral en toile de fond
Car le geste ne se comprend pas sans son contexte. La remise du mémorandum intervient en pleine campagne, à l’approche du scrutin présidentiel du 15 mars. Le timing n’a rien d’anodin et confère au document une résonance immédiate.
Adresser ses exigences au « futur président » revient à interpeller tous les prétendants. Le texte se veut une boussole, un ensemble de repères auxquels le vainqueur, quel qu’il soit, sera invité à se mesurer une fois installé.
La ministre, elle, a clairement affiché sa préférence. Inès Nefer Bertille Ingani Voumbo Yalo a plaidé pour la continuité à la tête de l’État, jugeant que le bilan plaide en faveur du sortant.
Selon elle, Denis Sassou N’Guesso a contribué à améliorer la condition féminine et à ouvrir aux femmes des postes de responsabilité. Une lecture qui assume le soutien au président en exercice, sans gommer pour autant les attentes formulées.
Entre reconnaissance et impatience
Cette tension traverse l’événement. D’un côté, des avancées saluées par la ministre ; de l’autre, un mémorandum qui dit, en creux, que beaucoup reste à accomplir. Les deux messages coexistent sans véritablement se contredire.
Le document trace finalement une ligne de crête. Il reconnaît un chemin parcouru tout en fixant un cap plus ambitieux, où l’égalité ne se mesure plus aux symboles mais aux résultats concrets et durables.
Reste la question que personne n’élude : que deviendra ce texte après le scrutin ? Les signataires ont posé leurs conditions et réclamé des comptes. La suite dépendra de la volonté du pouvoir issu des urnes de transformer l’engagement en politique réelle.
Pour les femmes du Congo, l’enjeu dépasse une journée de célébration. En consignant leurs aspirations dans un cadre formel, elles ont voulu transformer une date symbolique en levier durable, capable de survivre à l’effervescence du calendrier électoral.
