Appel des agents de la STPU
Réunis à l’esplanade de la gare routière de la place de la Poste, les agents de la Société de transport publics urbains ont publié, le 4 décembre, une déclaration réclamant un plan immédiat pour sortir la STPU de ses difficultés opérationnelles.
La structure, acteur historique du transport collectif à Brazzaville et Pointe-Noire, assure environ quarante lignes mais fait face à un parc roulant vieillissant, une trésorerie fragile et des retards de salaire qui minent la qualité du service offert aux usagers.
Les représentants syndicaux, regroupés au sein du Collectif des syndicats des transporteurs en commun du Congo, expliquent redouter un point de non-retour si aucune mesure n’est prise pour renouveler les bus, régulariser les paies et fiabiliser la gouvernance interne.
Salaires et protection sociale au cœur des échanges
Selon le mémorandum remis à la direction générale, au moins cinq mois d’arriérés demeurent impayés, alors que les fêtes de fin d’année approchent et que le panier de la ménagère connaît déjà des tensions sur les prix des produits de base.
Les agents citent également la nouvelle loi 48-2024, entrée en vigueur le 30 décembre et rehaussant l’âge légal de départ à la retraite, comme référence pour recalculer leurs droits et clarifier les cotisations reversées à la Caisse nationale de sécurité sociale.
Plusieurs conducteurs affirment ne pas connaître le montant exact déjà placé sur leur compte retraite, en raison d’un manque d’extraits individualisés depuis 2015, une situation qu’ils jugent anxiogène pour leur avenir et celui de leurs familles.
La prise en charge médicale, pourtant prévue par le règlement intérieur, souffrirait également de ruptures d’approvisionnement en médicaments dans les dispensaires affiliés, selon les témoignages recueillis, poussant certains salariés à avancer des frais non remboursés.
Défi du renouvellement de flotte urbaine
Le parc actuel compte cent soixante bus dont plus de la moitié affiche plus de dix ans de service, alors que le manuel d’entretien du constructeur recommande un cycle de renouvellement entre six et huit ans pour garantir fiabilité et économies de carburant.
Depuis 2022, le ministère des Transports a pourtant lancé un programme de modernisation du transport urbain prévoyant l’acquisition graduelle de véhicules à motorisation propre, mais la STPU n’a pour l’instant perçu qu’une première tranche de dix bus au gaz.
Faute de pièces détachées et d’ateliers suffisamment outillés, certains châssis restent immobilisés plusieurs semaines, ce qui réduit l’offre de sièges aux heures de pointe et accroît la dépendance des citadins aux taxis et bus privés plus onéreux.
Le collectif syndical suggère de recourir à un crédit-bail adossé à la garantie souveraine afin de répartir le coût d’acquisition sur cinq années, soulignant que la fréquentation pourrait augmenter de 30 % si la rotation des bus redevenait régulière.
Enjeu de la gouvernance et de la transparence
Au-delà du matériel roulant, les employés réclament une meilleure gestion des ressources humaines, citant le besoin d’un organigramme clarifié, de formations continues et d’une politique de promotion interne fondée sur le mérite plutôt que sur l’ancienneté exclusive.
Les partenaires sociaux sollicitent par ailleurs l’ouverture d’une enquête parlementaire pour évaluer la gouvernance depuis la reprise des activités, le 11 août 2025, date à laquelle un nouveau contrat-plan liait la STPU à l’État.
Dans un court message, la direction indique disposer d’un audit interne en voie de finalisation et se dit prête à le partager avec le régulateur, soulignant que les recettes cumulées couvrent déjà 70 % des charges d’exploitation malgré l’inflation observée.
Le ministère des Transports rappelle pour sa part que l’article cinq du contrat-plan prévoit une clause de revoyure annuelle, ajoutant que la prochaine session, attendue en janvier, sera l’occasion d’entendre l’ensemble des parties, y compris les représentants du personnel.
Perspectives de dialogue constructif
Pour plusieurs économistes, la STPU reste un maillon stratégique de la mobilité durable et pourrait redevenir rentable si elle parvient à accroître son taux de disponibilité à 85 %, contre 55 % aujourd’hui, objectif jugé atteignable grâce à des partenariats industriels.
De son côté, le collectif syndical assure ne pas souhaiter de rupture d’activité et se dit disponible pour un dialogue sous l’égide de l’Inspection du travail, afin d’élaborer un échelonnement raisonnable du paiement des arriérés avant la fin du premier trimestre.
« Nous croyons à la relance de la STPU et à sa mission de service public, mais il faut des actes », insiste Rodrigue Mabiala, chauffeur de ligne, qui dit transporter plus d’un millier de passagers par jour sur la ligne 7-Marché Total.
Les prochaines semaines diront si l’appel est entendu, alors que les Congolais, particulièrement les jeunes actifs, attendent des transports collectifs abordables et fiables pour accompagner la dynamique de croissance économique observée dans les grandes villes.
Une feuille de route concertée, précisant les financements, le calendrier de livraison des nouveaux bus et les étapes de remboursement des dettes sociales, pourrait ainsi devenir le socle d’un compromis attendu par la clientèle et les observateurs du secteur.
