À Brazzaville, le régulateur des télécoms a haussé le ton. Le 8 avril, l’Agence de régulation des postes et des communications électroniques (Arpce) a notifié une mise en demeure à MTN Congo et Airtel Congo, jugeant leurs réseaux trop fragiles.
Les deux opérateurs disposent désormais de six mois pour corriger le tir. Passé ce délai, une nouvelle campagne de mesures viendra trancher. Pour les abonnés, cette décision met enfin des mots officiels sur un agacement quotidien partagé.
Un verdict après des mesures sur le terrain
La sanction administrative ne tombe pas du ciel. Elle découle d’une campagne d’évaluation menée du 6 au 23 février, dans vingt localités réparties sur six départements : le Kouilou, la Likouala, le Niari, la Bouenza, la Sangha et les Plateaux.
Les techniciens ont passé au crible les trois générations de réseau encore en service : la 2G, la 3G et la 4G. L’objectif était de confronter les promesses commerciales aux performances réellement délivrées sur le terrain, loin des grandes villes.
« Les résultats montrent des progrès, mais restent globalement insuffisants au regard des seuils réglementaires », résume Benjamin Mouandza, directeur des réseaux et services de communications électroniques. Le constat reconnaît un effort, tout en refusant de s’en contenter.
Des performances très inégales selon les zones
La photographie dressée par l’Arpce est nuancée. Le tableau n’est pas uniformément sombre, mais il révèle de fortes disparités géographiques. Tout dépend de l’endroit où l’abonné se trouve et de la technologie qu’il tente d’utiliser pour se connecter.
Dans le sud du pays, MTN et Airtel s’en sortent plutôt mieux sur la 3G. C’est l’élément le plus encourageant du diagnostic. Cette génération intermédiaire, encore très sollicitée pour la navigation et la messagerie, y tient globalement la route.
La 2G, en revanche, reste le maillon faible. Cette technologie historique, longtemps adossée aux appels et aux SMS, demeure fragile pour les deux opérateurs. Or elle continue de servir de filet de sécurité dans de nombreuses localités peu équipées.
La 4G, ligne de fracture entre les deux opérateurs
C’est sur le très haut débit mobile que l’écart se creuse. MTN poursuit l’extension de sa couverture 4G, désormais effective dans onze localités de l’intérieur du pays. L’opérateur avance donc, pas à pas, hors des grands centres urbains.
Airtel accuse un retard plus marqué sur ce terrain. Le réseau 4G de l’opérateur reste absent de plusieurs zones jugées clés par le régulateur, notamment Bétou, Enyellé, Sembé et Mossendjo. Autant de localités privées d’accès à l’internet mobile rapide.
Ces absences pèsent lourd. Dans des départements éloignés, la 4G n’est pas un luxe : elle conditionne l’accès aux services en ligne, aux démarches administratives et, souvent, à une simple communication fiable avec le reste du pays.
L’argument de la fibre avancé par Airtel
Face au constat, Airtel ne reste pas muet. L’opérateur attribue une partie de ses contre-performances à des perturbations de son réseau de transport. En clair, ce qui relie ses antennes entre elles n’aurait pas toujours fonctionné correctement.
L’entreprise pointe précisément des interruptions de la fibre optique fournie par Congo Télécom. Selon cette lecture, la défaillance ne viendrait pas seulement des antennes visibles par l’usager, mais aussi d’une infrastructure plus profonde, partiellement dépendante d’un tiers.
Cet argument déplace une part de la responsabilité vers l’écosystème national. Il illustre aussi la dépendance des opérateurs mobiles à l’égard des dorsales de transmission, un point sensible pour la continuité du service dans les zones les plus reculées.
Des règles du jeu rappelées avec fermeté
Au-delà des mesures de qualité, l’Arpce a profité de l’occasion pour recadrer les pratiques. Le régulateur a rappelé aux opérateurs leur obligation de déclarer toute modification de l’architecture de leur réseau, sans exception ni approximation.
Une autre exigence concerne les terminaux satellitaires. Toute utilisation expérimentale de ce type d’équipement doit faire l’objet d’une autorisation préalable. Le message est clair : aucune évolution technique majeure ne saurait s’effectuer en dehors du cadre fixé par l’autorité.
Pour les usagers congolais, l’enjeu dépasse la simple statistique réglementaire. La qualité du réseau touche au travail, aux études et à la vie quotidienne. Les prochains mois diront si la pression exercée par l’Arpce se traduit, enfin, par une connexion plus fiable.
L’horloge tourne désormais pour MTN Congo et Airtel Congo. Au terme du délai, la nouvelle évaluation servira de juge de paix. D’ici là, les abonnés des départements concernés observeront, sceptiques mais attentifs, les premiers signes d’une amélioration promise (ACI).